A quelques jours de la rentrée, la réforme du système éducatif malgache s’enlise dans un imbroglio qui laisse les familles perplexes. Le ministère annonce la généralisation des nouvelles séries L, S et OSE dès cette année. En face, la plateforme des établissements privés affirme qu’un compromis permettrait encore aux écoles privées de conserver les anciennes séries A, C et D. Deux discours, une seule rentrée… et beaucoup de questions.
La réforme devait clarifier. Elle commence par brouiller les cartes. Dans une information diffusée hier soir sur sa page Facebook, le ministère de l’Education nationale (Men) maintient sa ligne : le nouveau programme est applicable dès cette année scolaire. Les anciennes séries A, C et D doivent laisser place aux nouvelles orientations L, S et OSE. Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique (Mesupres) insiste également sur le caractère désormais incontournable de cette réforme. Cette précision intervient après une concertation entre les trois ministères en charge de l’éducation et les représentants des établissements, vendredi..
Le son de cloche est différent sur le terrain
Toujours est-il qu’à l’issue de cette discussion, le Père Jules Ranaivoson, secrétaire général de la Dinec a fait savoir qu’une possibilité a été retenue : les établissements privés pourraient continuer à appliquer l’ancien programme et maintenir les anciennes séries, le temps d’éviter une transition précipitée. Cette divergence n’est pas anodine. Elle touche directement l’avenir scolaire de milliers d’élèves. Parents et enseignants se retrouvent face à une question aussi simple qu’essentielle : quel programme faut-il réellement appliquer cette année ?
Une réforme lancée avant la fin des préparatifs
Le malaise ne porte pas uniquement sur les séries. Les représentants du privé ont également pointé du doigt l’état de préparation de la réforme : programmes encore perfectibles, formation des enseignants insuffisante et outils pédagogiques qui ne seraient pas encore disponibles partout.
Dans ces conditions, imposer immédiatement une nouvelle architecture pédagogique risque de créer davantage de difficultés que de solutions. Le problème pourrait être particulièrement aigu dans les établissements ruraux, où les moyens humains, matériels et pédagogiques sont souvent plus limités.Changer les séries sur le papier est une chose. Préparer des milliers d’enseignants, adapter les contenus, produire les supports pédagogiques et garantir les mêmes conditions d’apprentissage dans les écoles d’Antananarivo comme dans les zones les plus reculées en est une autre.
Le manque de préparation dénoncé par les établissements privés pose donc une question de méthode : fallait-il annoncer une réforme aussi profonde avant que toutes les conditions de sa mise en œuvre soient réunies ?
Le gouvernement devra donc rapidement clarifier les règles du jeu. Car lorsqu’une réforme censée moderniser l’école commence par opposer deux interprétations de son application, le risque est grand de transformer une volonté de changement en source de désordre pédagogique.
Rakoto





