Accord de Partenariat Economique: Madagascar appelé à mieux se positionner sur le marché européen

Est-ce que les entreprises malgaches sont prêtes à briguer leur part dans le cadre de l’Accord de partenariat économique (APE) ? La question a été évoquée lors d’une conférence-débat organisée par la Chambre de commerce et de l’Industrie d’Antananarivo. Selon Rolland Kobia, ambassadeur de l’Union européenne auprès de Madagascar et de l’Union des Comores, la concurrence est rude. Il faut donc se préparer.

Une autre fenêtre, moins connue et pourtant porteuse de grandes opportunités commerciales pour Madagascar. L’Accord de partenariat économique (APE), conclu entre l’Union européenne et plusieurs pays d’Afrique orientale et australe, dont Madagascar, vise à faciliter les échanges commerciaux entre les deux parties. Cette opportunité est d’autant plus importante que “l’Union est le premier partenaire commercial de Madagascar”, selon Rolland Kobia. Il affirme que l’Union européenne absorbe “34% des exportations malgaches, contre 15% pour les États-Unis, 11% pour le Japon et 10% pour la Chine”.

“C’est une opportunité moins connue que l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) et qui, pourtant, offre des avantages importants, comme le taux de 0% de droits de douane. Cet avantage est stable, prévisible et n’a jamais été remis en question depuis 2012”, explique Rolland Kobia. L’objectif de la conférence-débat organisée par la Chambre de commerce et de l’industrie d’Antananarivo était justement de préparer les PME et PMI malgaches à prendre leur part de marché dans ce grand gâteau. “Il y a 33 pays qui bénéficient de ces accords économiques. Les positions de Madagascar doivent être maintenues. Vous devez vous battre pour les maintenir”, rappelle l’ambassadeur. L’Union européenne prévoit également un accompagnement pour les entreprises qui souhaitent saisir cette opportunité.

Par ailleurs, l’ambassadeur a rappelé que la balance commerciale entre l’Union européenne et Madagascar est positive de 300 millions d’euros. En 2025, les échanges commerciaux entre Madagascar et l’Union européenne ont pesé près de 1,6 milliard d’euros, soit environ 7 500 milliards d’ariary. Parmi les trois principaux pays de destination des exportations malgaches au sein du bloc géoéconomique européen figurent la France, avec 60%, suivie de l’Allemagne (12,5%) et de la Belgique (10%).

Vanille : le leader ne peut plus s’endormir sur son statut
Madagascar donne parfois l’impression de se reposer sur ses acquis. Le pays reste le premier producteur de vanille de la planète : selon la FAO (données 2022), il pèse environ 78% de la production mondiale, loin devant l’Ouganda (9%). La volatilité des marchés des produits de rente a également été évoquée durant la rencontre. En 2023, les exportations malgaches de vanille ont reculé d’environ la moitié en valeur sur un an, sous l’effet de la chute des prix.

Pendant ce temps, les concurrents s’organisent. Selon une déclaration du ministre d’État ougandais à l’Agriculture, à l’élevage et à la pêche, Fred Bwino Kyakulaga, en juin 2025, le pays a exporté 604 tonnes de vanille en 2024, contre 266 tonnes en 2023, pour 16,6 millions de dollars. Il affirme que l’Ouganda occupe la deuxième place mondiale pour la deuxième année consécutive. Le ministre ne s’en cache pas : Kampala veut devenir un fournisseur de référence pour les acheteurs qui cherchent une alternative à l’approvisionnement malgache, qu’il juge instable. De leur côté, les exportateurs ougandais assurent ne pas vouloir remplacer Madagascar, mais le compléter. Les volumes restent bien inférieurs à ceux de Madagascar, et la qualité de la vanille ougandaise est parfois critiquée. Mais le message adressé aux acheteurs européens est clair : il existe désormais une autre source. Pour Madagascar, c’est un signal à ne pas ignorer.
C’est là que l’APE joue un rôle important. Le “0% de droits de douane” ne suffira pas à garantir des parts de marché. Le 10 juin 2026, l’UE et quatre États d’Afrique orientale et australe, dont Madagascar, ont conclu les négociations d’un APE renforcé, qui couvre désormais les services, l’investissement, le commerce numérique et la coopération sectorielle, tout en soutenant la transformation locale et la valeur ajoutée. Il prévoit aussi un partenariat agricole pour des chaînes de valeur agroalimentaires plus durables. Pour Madagascar, l’enjeu est de ne plus seulement vendre des gousses brutes. Il s’agit de monter en gamme, de miser sur la traçabilité et la qualité, et de transformer davantage sur place, pour que la vanille, le girofle, le litchi ou le cacao rapportent plus qu’en simples matières premières. Reste que le texte doit encore passer par la révision juridique, la signature et l’entrée en vigueur : les entreprises ont donc un temps d’avance à prendre pour s’y préparer.

Depuis 2012, l’APE intérimaire encadre les relations commerciales entre Madagascar et l’Union européenne. Cet accord a notamment permis aux produits malgaches de bénéficier d’un accès préférentiel au marché européen. Mais le dispositif initial reste limité par rapport à un accord de partenariat économique complet.

Nambinina Jaozara

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