Intelligence artificielle: les artistes entre le rejet et l’appropriation

L’utilisation de l’Intelligence artificielle (IA) dans les œuvres d’art suscite de nombreux débats parmi les artistes et les passionnés d’art à travers le monde, y compris à Madagascar. Musique, cinéma, photographie… Si certains condamnent son utilisation, d’autres y voient un outil à ne pas négliger. Lors de différentes rencontres et conférences de presse, plusieurs artistes malgaches ont exprimé leurs points de vue sur cette question.

Actuellement, de nombreuses chansons malgaches sont réinterprétées par l’IA. Des titres de Mahaleo, d’Erick Manana, de Lalatiana et de Njakatiana circulent dans les bus et les boutiques. En mai dernier, le ministère de la Communication et de la culture a publié une règlementation concernant ce sujet. « Ces pratiques illicites s’effectuent souvent sans l’autorisation ni le consentement des auteurs ou des artistes titulaires des droits », souligne-t-il, rappelant ainsi que ces reprises générées par l’IA peuvent être condamnables. « Je ne suis pas du tout d’accord avec l’utilisation de ces chansons. Les responsables devront les poursuivre, qu’il s’agisse de ceux qui les écoutent ou de ceux qui les créent », déclare Rajery.

La musique

Pour certains artistes, l’IA ne pourra jamais remplacer l’interprétation hu­maine. « J’ai ma propre voix, j’ai ma propre inspiration. Si j’interprète ma chanson, des milliers de fois, à chaque interprétation, elle change selon mes émotions », expli­que Lalatiana. De son côté, Rija Ramanantoanina estime que les chansons in­terprétées par l’IA manquent de singularité. « Pour créer une chanson, l’âme et l’émotion sont importantes. Une chanson sans âme est comme une chanson fade. Elles se ressemblent toutes », souligne le chanteur. Quant à Njakatiana, s’il n’adhère pas à ces nouvelles chansons, il estime qu’à notre époque, il est devenu difficile de s’approprier ou de contrôler ce phénomène.

Le cinéma

Au-delà de la musique, d’autres disciplines artistiques sont également touchées par ce phénomène, notamment le 7e art. A l’étranger, de nombreuses productions intègrent déjà l’IA. Mais le 23 octobre dernier, le studio chinois Bona Film Group a sorti « San­xing­dui: Future Past », un premier long métrage de science-fiction de 100 mi­nutes qui peine à séduire les cinéphiles du monde entier. Pour la réalisatrice Rasoanaivo, « l’IA est juste un outil permettant de réaliser n’importe quelle image à moindre coût ». Elle estime que cette technologie pourrait notamment être utile dans la création de films d’animation. « Par ailleurs, cet outil reste effrayant, surtout en raison de son évolution rapide dans le monde du cinéma. Beaucoup de métiers sont appelés à disparaître », ajoute-t-elle.

La photographie

Dans le domaine de la photographie, Fidisoa Ramanahadray, président de l’association Sar’nao, qui lancera bientôt le Mois de la photo, assume pleinement l’intégration de l’IA dans ses œuvres. L’année dernière, il a déjà présenté une exposition de photographies générées par l’IA à l’AFT. « L’utilisation de l’IA demande aussi une création. Je pense qu’il existe actuellement deux sortes d’art : l’art « pur » et l’art avec IA, que j’intègre dans le domaine de l’art contemporain », explique-t-il.

L’art digital

Enfin, Syvio Kevin Radafy, de l’association Creative Minds, a également livré son opinion hier, lors de la conférence de presse de l’événement Creative Minds Madagas­car, qui vise à soutenir les projets numériques. « L’IA nous aide à créer plus. Nous ne pouvons plus ignorer son existence. Il est actuellement impératif d’apprendre à la manipuler et de s’y adapter. Son utilisation demande beaucoup de créativité. L’IA permet d’embellir une création et surtout d’accélérer la production », affirme-t-il. A noter que Creative Minds soutient la promotion des créations numériques, telles que les jeux vidéo, les applications mobiles, les contenus numériques, les illustrations, les graphismes et le web design.
Entre protection des droits d’auteur, recherche d’authenticité et nouvelles possibilités de création, l’IA confronte les artistes à des choix différents. Si certains y voient une menace pour l’identité artistique, d’autres l’intègrent déjà à leur démarche. Une question demeure : comment tirer parti de cet outil sans perdre ce qui fait la singularité d’une œuvre ?

Holy Danielle

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