Emploi des jeunes : 800 000 euros pour financer l’inclusion des jeunes

L’Ambassade de France s’engage à financer le projet TAFA à hauteur de 800.000 euros. Ce projet a pour objectif de renforcer l’employabilité des jeunes à Madagascar. Un véritable défi pour le pays, car si la problématique est loin d’être nouvelle, elle reste à ce jour non résolue. Cette fois-ci, la stratégie vise à créer une synergie entre l’ensemble des acteurs concernés : Etat, secteur privé, centres de formation, jeunes eux-mêmes et partenaires internationaux.

Quand un jeune diplômé arrive sur le marché du travail, il se présente souvent avec un simple titre académique, sans les compétences pratiques réellement attendues par les employeurs. C’est le cas pour près de 700.000 jeunes Malgaches qui entrent chaque année sur le marché de l’emploi. La plupart d’entre eux n’a pas bénéficié d’une formation adaptée ni d’une véritable perspective d’embauche. À en croire les explications du Professeur Chaminah Loulla, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, ce ne serait pas tant la formation théorique qui fait défaut, mais bien l’acquisition de compétences pratiques indispensables à une insertion réussie.

“En général, les quatre premières années d’études supérieures permettent d’acquérir les bases d’une discipline, comme le droit par exemple. Les étudiants apprennent les fondements théoriques, mais ne sont pas encore formés à exercer concrètement un métier comme celui d’avocat. Ce n’est qu’après ces années qu’ils accèdent à une véritable formation professionnelle”, explique la ministre. “Certains jeunes choisissent d’emblée d’intégrer un centre de formation, et ce sont souvent eux qui ont un avantage lorsqu’ils entrent sur le marché de l’emploi”, ajoute-t-elle.

Mais comment briser ce cercle vicieux qui se répète, année après année, selon le même scénario ? Le projet TAFA, financé à hauteur de 800.000 euros par l’Ambassade de France, entend apporter une réponse concrète à cette problématique en accompagnant plus de 1.000 jeunes issus de quatre établissements d’enseignement supérieur : les universités d’Antananarivo, de Toamasina, de Fianarantsoa, ainsi que l’Institut Supérieur Technique d’Ampasapito. Ces universités ont été sélectionnées pour leur caractère stratégique, car elles concentrent une forte dynamique étudiante. L’objectif : leur fournir les compétences et les outils indispensables pour une meilleure insertion dans le monde professionnel.

Pendant huit mois, d’avril à novembre 2025, ces jeunes bénéficiaires verront leurs compétences renforcées, notamment en développement personnel, intelligence émotionnelle, aptitudes relationnelles et techniques de recherche d’opportunités. Ils acquerront également des compétences transversales telles que le leadership inclusif et responsable, la prise de parole en public, la posture professionnelle et l’art de l’argumentation. Une initiation au montage et à la gestion de projet leur permettra de maîtriser les étapes clés de la conception jusqu’à la mise en œuvre concrète.
L’inadéquation entre l’emploi et la formation à Madagascar est une problématique récurrente, évoquée depuis de nombreuses années sans véritable solution durable. Selon le ministère du Travail, de l’emploi, de la fonction publique et des lois sociales, les jeunes constituent la majorité des demandeurs d’emploi, représentant 62% des chômeurs. Sur les 700.000 jeunes qui arrivent sur le marché du travail chaque année, seulement 34.000 offres d’emploi sont disponibles. Pour favoriser une inclusion réussie des jeunes dans le monde professionnel, l’implication de l’ensemble des acteurs clés est indispensable. C’est pourquoi le projet TAFA s’appuie sur une large palette de partenaires : en plus des institutions publiques et des centres de formation, plusieurs entreprises du secteur privé sont associées, à l’image du groupe AXIAN ou encore de grandes sociétés implantées en zone franche comme Axelle Madagascar.

Outre le renforcement de compétence, on découvre également une transformation du regard porté sur le handicap dans le monde professionnel. En effet, le projet cible prioritairement les jeunes en situation de vulnérabilité, y compris ceux en situation de handicap. À ce jour, huit entreprises partenaires ont déjà recruté 16 alternants en situation de handicap. “Autrefois, les personnes handicapées étaient reléguées aux postes de back office, car elles étaient perçues comme nuisant à l’image de l’entreprise. Aujourd’hui, elles occupent des fonctions en front office, et dans la plupart des cas, ce sont elles qui assurent l’accueil des clients”, souligne Anja Andriamorasata, responsable du plaidoyer de l’ONG Humanité & Inclusion (HI).

Le projet TAFA a été officiellement présenté le jeudi 19 juin, à l’occasion de la Journée de l’employabilité et de l’inclusion. Financé par le Service de coopération et d’action culturelle (SCAC) de l’Ambassade de France, il est mis en œuvre par l’Agence universitaire de la francophonie – Afrique australe et océan Indien (AUF-AAOI) et l’ONG Humanité & Inclusion (HI). D’une durée de deux ans, il cible les jeunes âgés de 14 à 25 ans. Depuis son lancement en avril 2025, il a déjà permis de former 300 jeunes en trois mois, de sensibiliser 30 enseignants et de mobiliser 90 formateurs.

Nambinina Jaozara

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