65 ans d’indépendance… et après ?

Et donc, on s’apprête à célébrer en grande pompe, les 65 ans d’indépendance demain. Discours, défilés, feux d’artifice sont au menu de cette célébration. Tout y est, ou presque. Car malgré la solennité du moment, une légère gêne flotte dans l’air. Le contexte des derniers jours, notamment avec le drame des in­toxications alimentaires dans plusieurs ré­gions, a jeté une ombre sur l’ambiance festive. Certaines voix, ou plutôt quelques doigts sur clavier, réclament que l’on suspende les réjouissances. Mais ce ne sera pas le cas puisque les préparatifs sont en route depuis longtemps.

Mais célébration ou non, la réalité ne se maquille pas. Car il faut bien le dire, 65 ans après l’indépendance, Madagascar est encore à la traîne. Tandis que des pays ayant acquis leur liberté à la même période que nous, comme le Maroc, la Tunisie ou le Ghana ont su se relever, bâtir, et même inspirer, tandis que nous en sommes encore à demander de l’aide extérieure pour sensibiliser à la défécation à l’air libre. Une phrase qui pourrait prêter à sourire, si elle n’était pas aussi triste.

Pendant que les uns célèbrent les prouesses de leurs satellites ou de leur économie numérique, nous sollicitons toujours des financements pour réhabiliter une école primaire, ou réparer une portion de route nationale. La JIRAMA, quant à elle, con­tinue de briller par ses coupures, au point qu’un diplomate français parlait alors, avec une franchise désarmante, un « tonneau des Da­naïdes », donc une entreprise où l’on verse de l’argent et qui s’évapore aussitôt.

Mais peut-on vraiment tout mettre sur le dos des dirigeants ? Il est tentant de pointer du doigt les pouvoirs successifs, les présidents, les ministres, les élus. Et ils n’échappent évidemment pas à leur part de responsabilité. Mais ce serait un peu trop facile. La faillite est collective. Car au fond, à chaque niveau, chacun a failli, à un mo­ment ou un autre.

Il ne s’agit pas ici de faire un procès, encore moins de gâcher la fête. Il s’agit, au contraire, de ne pas perdre le fil du sens. Car célébrer l’indépendance ne veut rien dire si l’on n’est pas ca­pable de regarder lucidement où l’on en est.

Aujourd’hui, Mada­gas­car n’est ni totalement à terre, ni vraiment debout. Il avance, mais en boitant, dans une sorte de routine de survie, avec quelques élans d’espoir vite freinés par les réalités du terrain.

Pas besoin de grandes déclarations cette année. Juste le courage de faire notre part, chacun là où il est pourqu’enfin le pays puisse avancer car 65 ans d’indépendance, ce n’est pas une fin en soi. Espérons que ce sera, enfin, le début d’une prise de conscience.

Rakoto

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