La légalisation de l’interruption sécurisée de grossesse (ISG) à Madagascar continue de diviser l’opinion, même si c’est pour des raisons médicales, à l’exemple de la grossesse extra-utérine. L’Etat a déjà fait savoir sa position à ce sujet. Mais le mouvement féministe « Nifin’Akanga » persiste et signe.
Le Code pénal malgache, en son article 317, interdit l’avortement sans aucune exception et reste toujours ainsi en vigueur au pays. Pourtant, Madagascar fait parmi les 49 signataires du protocole de Maputo en 2004.
Cette charte internationale des droits des femmes africaines stipule en son article14, alinéa 2 (c) l’engagement des Etats à prendre toutes les mesures appropriées pour protéger les droits reproductifs des femmes, particulièrement en autorisant l’avortement médicalisé en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste. Et surtout, lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus.
Et ce contexte a amené le mouvement féministe Nifin’ Akanga à lancer officiellement hier, à son siège à Antsobolo, « Farimbona 2.0 ». La poursuite de « Farimbona 1.0 » qui a été lancée en août 2024, face à la recrudescence des viols et des incestes afin d’obtenir la légalisation de l’ISG à Madagascar. Une initiative soutenue par Amplify Change, une ONG anglaise qui finance des projets axés sur les droits à la santé sexuelle et reproductive.
Basée sur trois axes
Cette initiative est basée sur trois axes. Le premier sur l’implication des leaders religieux de l’océan Indien et de l’Afrique afin d’ouvrir un dialogue, à la fois interrégional et interreligieux, sur la compatibilité entre foi et droit de choisir en matière de santé sexuelle et reproductive.
Le deuxième axe repose sur la promotion de l’« activisme » auprès des jeunes lycéens ainsi que les créations artistiques sur les droits des femmes et la santé reproductive. Quant au troisième axe, son objectif est de renforcer les organisations féministes, afin de soutenir le plaidoyer pour la légalisation de l’avortement sécurisé à Madagascar.
Des chiffres alarmants
La dernière statistique du ministère de la Santé publique sur l’avortement clandestin, révèle que 75.000 cas sont recensés par an. L’avortement constitue la deuxième cause de mortalité maternelle qui touche particulièrement les femmes et les filles issues des familles vulnérables et « alimente ainsi un cycle de souffrances, de stigmatisation et d’inégalités », déplore Nifin’Akanga.
De son côté, une étude menée par ce mouvement féministe au niveau des chefs-lieux des six provinces de Madagascar, a rapporté que la première complication due à l’avortement insécurisé, est l’hémorragie avec un taux de 46,3%. 28% des complications sont dues aux perforations et aux comas, 8% des infections graves et 7% de la rétention placentaire. Suite à ces complications, plus de 7% des femmes avortées ont trouvé la mort. 36,1% des avortements sont pratiqués auprès des centres de santés privés si 11,4% dans des centres de santés publiques.
Recueillis par Sera R.




