Bâtir un avenir inclusif : la vision de Karine Rabarijohn avec l’ONG Ilo

Engagée en faveur d’un développement plus inclusif à Madagascar, Karine Rabarijohn, fondatrice de l’ONG Inclusive and Legacy for natiOn (ILO), revient sur les motivations qui ont guidé la création de son organisation. Entre projets concrets sur le terrain, inclusion sociale, autonomisation des communautés rurales et engagement des jeunes, elle partage sa vision d’un changement porté par les acteurs locaux eux-mêmes. Entretien.

Quelles ont été les motivations premières qui ont conduit à la création de l’ONG Ilo, et comment cette vision a-t-elle évolué depuis sa fondation ?

J’ai fondé l’ONG Inclusive and Legacy for natiOn (Ilo) en octobre 2024 avec une conviction profonde : celle de contribuer à un développement économique plus juste et inclusif à Madagascar. Il était essentiel pour moi de valoriser les compétences locales et de promouvoir une culture entrepreneuriale accessible à toutes et à tous. À la base, notre engagement est né des défis concrets que nous observons chaque jour : difficultés d’accès à l’information, manque de reconnaissance des savoir-faire communautaires, déséquilibres économiques. Aujourd’hui, notre vision a évolué vers un objectif encore plus ambitieux : construire un véritable écosystème d’acteurs locaux capables de transformer durablement leurs communautés, en s’appuyant sur l’autonomie, la créativité, les compétences locales et la coopération.

Quels sont les projets les plus marquants que l’ONG Ilo a réalisés jusqu’à présent, notamment en matière d’inclusion sociale ou d’égalité des chances ?

L’un des projets les plus emblématiques que nous avons lancés dès notre création est Fototra, déployé à l’École Primaire Publique d’Ambohibary Sambaina. Il s’est déroulé en trois phases.

La première a consisté à distribuer des kits scolaires à des élèves en classe d’examen, dont une quinzaine en situation de handicap. Ces kits comprenaient des équipements pensés pour surmonter les contraintes quotidiennes, notamment pendant la saison des pluies.

Ensuite, nous avons échangé avec les parents, en majorité agriculteurs et éleveurs, afin de comprendre leurs réalités et poser les bases d’un futur accompagnement à l’autonomie économique.

Enfin, nous avons travaillé avec les enseignants pour co-construire des pistes d’amélioration des conditions d’apprentissage.

En parallèle, nous avons mené plusieurs descentes de terrain dans différentes régions pour identifier des opportunités de développement local. Ces échanges ont fait émerger des axes de travail comme l’apiculture, l’agroécologie, la riziculture et la vannerie. Nous nous apprêtons aussi à lancer EFijery, un projet en partenariat avec le Centre Ketsa, qui vise à initier les jeunes vulnérables de Vontovorona – ainsi que leurs parents – aux compétences numériques, dans une démarche intergénérationnelle.

Avez-vous des exemples concrets de communautés ou de bénéficiaires dont la vie a été significativement transformée grâce à vos actions ?

Oui, bien que l’ONG soit jeune, nous constatons déjà des effets concrets. À Ambohibary Sambaina, après la distribution des kits scolaires dans le cadre du projet Fototra, plusieurs enseignants ont observé une meilleure assiduité des élèves, notamment chez ceux vivant loin ou en situation de handicap. Ce simple soutien matériel a permis de lever plusieurs freins.

De leur côté, des parents se sont sentis davantage impliqués dans la scolarité de leurs enfants. Pour beaucoup, c’était la première fois qu’ils prenaient part à une démarche de dialogue avec l’école. Ces échanges ont créé une dynamique de confiance nouvelle entre les familles et les enseignants.

Quels sont les plus grands défis que vous rencontrez aujourd’hui dans la mise en œuvre de vos projets sur le terrain ?

Nous faisons face à plusieurs défis majeurs. Le premier est l’accès limité aux ressources, surtout en milieu rural : infrastructures numériques, logistique, connectivité… tout cela reste insuffisant dans certaines zones, ce qui complique notre déploiement.

Ensuite, il y a la disponibilité des communautés. Dans les zones agricoles, les gens sont soumis aux urgences saisonnières et économiques. Nous devons donc nous adapter à leur rythme, pour ne pas perturber leur quotidien.

Un autre défi est la structuration des filières locales. Que ce soit en agroécologie, apiculture ou artisanat, il faut un accompagnement sur le long terme pour que ces activités deviennent réellement viables.

Enfin, nous devons sans cesse équilibrer les attentes sur le terrain et nos capacités réelles. Les besoins sont immenses, parfois urgents, mais nous privilégions des actions progressives, cohérentes et réalisables.

Quel rôle joue la jeunesse dans votre stratégie d’action et comment encouragez-vous son implication dans vos projets ?

La jeunesse est au cœur de notre action. Elle est à la fois une cible prioritaire et un véritable levier de transformation.

Nous renforçons les compétences des jeunes avec des projets comme EFijery, qui leur donnent accès à des formations numériques de base et les aident à envisager leur avenir professionnel.

Mais surtout, nous les impliquons dans la co-construction des solutions. Lors de nos descentes de terrain, dans les ateliers ou les groupes de travail, les jeunes ont la parole. Ils peuvent proposer des idées, des projets, des actions concrètes.

Nous avons aussi lancé un annuaire de bénévoles, où la majorité sont des jeunes très engagés, prêts à nous appuyer sur le terrain. C’est un réseau en cours de structuration qui, j’en suis convaincu, jouera un rôle clé dans le rayonnement de notre ONG.

Quelles sont les grandes priorités ou ambitions de l’ONG Ilo pour les trois prochaines années ?

Nos priorités pour les trois prochaines années sont claires. D’abord, nous voulons consolider nos deux projets pilotes, Fototra et EFijery. L’objectif est de les documenter, d’en faire des modèles reproductibles et de développer des outils pour en évaluer les impacts.

Ensuite, nous souhaitons renforcer notre réseau de bénévoles, en leur offrant des formations et un encadrement solide pour qu’ils deviennent de vrais relais communautaires.
Nous allons également développer des parcours de renforcement de compétences dans les filières que nous avons identifiées sur le terrain : agroécologie, apiculture, artisanat… Il s’agit de transformer ces potentiels en véritables opportunités économiques durables.

Enfin, nous voulons bâtir des partenariats solides avec les institutions et les acteurs techniques, pour faire reconnaître les savoirs acquis par nos bénéficiaires et faciliter leur insertion professionnelle.

Notre ambition est de bâtir un écosystème enraciné, autonome, solidaire et durable, porté par les communautés elles-mêmes.

Recueillis par Tiana Ramanoelina

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