La récente instauration de droits de douane de 15% à Madagascar fragilise plusieurs secteurs économiques. Face à cette situation, les opérateurs et le secteur privé concentrent désormais leurs espoirs sur l’AGOA (African Growth Opportunity Act). La prolongation de ce dispositif permettrait en effet à certains produits, notamment le textile et des denrées comme la vanille, d’accéder au marché américain sans droits de douane.
L’AGOA dont l’échéance est fixée à fin septembre 2025, reste au centre de toutes les attentions. Dans les cercles du secteur privé comme dans les couloirs de l’administration, la mobilisation s’intensifie. Selon des sources proches du dossier, tous les documents nécessaires pour le plaidoyer sont déjà prêts et une mission est prévue à Washington du 6 au 13 septembre afin de mener les négociations.
Le gouvernement et les acteurs privés se tiennent donc en alerte. Les opérateurs soulignent que Madagascar exporte une grande diversité de produits vers les États-Unis grâce à l’AGOA, mais que le secteur le plus vulnérable demeure le textile. La concurrence ne se limite plus aux pays africains : d’autres nations asiatiques, bénéficiant de coûts de production plus bas et d’une proximité géographique avec les États-Unis, représentent une menace directe pour la compétitivité malgache.
Actuellement, Madagascar compte 53 entreprises franches exportant vers les États-Unis. Le Groupement des entreprises franches et partenaires (GEFP) regroupe à lui seul 110 sociétés, dont la majorité opère dans le textile. Selon les estimations du secteur, près de 60.000 emplois pourraient être menacés par la taxation américaine, alors que la filière textile représente entre 85.000 et 90.000 emplois directs. Ce poids économique explique l’importance stratégique du secteur, qui contribue non seulement aux recettes fiscales, mais aussi à la stabilité sociale, dans un pays où le chômage reste élevé.
Le pays exporte principalement des textiles vers les États-Unis, mais aussi vers l’Afrique du Sud et l’Europe (France, Royaume-Uni, Allemagne). Ces produits occupent une place importante dans le cadre de l’AGOA. Les chiffres du Comité interministériel montrent que les exportations malgaches ont fortement progressé depuis la crise du Covid-19, sauf en 2023, année marquée par une baisse de 18%. En 2023, la valeur des exportations sous AGOA s’élevait à 201 millions de dollars. En janvier 2024, les exportations textiles ont atteint 28 millions de dollars, contre 15 millions à la même période en 2023. Cette reprise démontrait une certaine résilience du secteur, désormais menacée par les nouvelles mesures tarifaires.
Pour les opérateurs, la situation est particulièrement compliquée et rappelle par bien des aspects la crise du Covid-19. L’incertitude autour de l’application de la taxe de 15%, combinée à des marges déjà très faibles dans le secteur, fragilise la filière. Certains clients réduisent leurs commandes, d’autres se tournent vers des concurrents ou demandent le report des livraisons. Le maintien des emplois reste la principale préoccupation, alors que le spectre du chômage technique et des licenciements refait surface.
Les conséquences d’une telle pression tarifaire vont au-delà du seul secteur textile. La baisse des exportations entraînerait une réduction des recettes fiscales, une contraction des devises et, par ricochet, un affaiblissement de la croissance économique. Dans un contexte où l’économie malgache dépend fortement de quelques filières phares comme la vanille, le textile et les produits miniers, la diversification et la sécurisation des marchés d’exportation apparaissent comme des priorités urgentes.
D’après les données des douanes, la valeur des exportations malgaches vers les États-Unis s’élève à 733 millions de dollars, contre seulement 53 millions pour les importations américaines à Madagascar, générant un déficit commercial de 678 millions. Les importations concernent principalement le gaz (18%), les véhicules, des équipements et certaines matières premières. Cet écart souligne la dépendance de Madagascar au marché américain, mais aussi le déséquilibre structurel de ses échanges.
Les exportations malgaches vers les États-Unis, quant à elles, se composent à 56% de produits textiles, mais aussi de vanille, d’huiles essentielles, de chocolat et de produits miniers (30%). Pour plusieurs experts, il est nécessaire d’explorer de nouveaux marchés et de renforcer les accords commerciaux existants afin de réduire la vulnérabilité face à un seul partenaire. “À l’instar de l’Union européenne, qui est déjà le premier partenaire commercial de Madagascar et qui dispose d’accords facilitant les échanges avec l’Afrique, les Caraïbes et le Pacifique, des mécanismes similaires pourraient être négociés avec les États-Unis”, soulignent-ils.
Cette stratégie de diversification n’efface toutefois pas l’urgence du moment. Les opérateurs insistent sur la nécessité de maintenir l’AGOA en vigueur au-delà de son échéance actuelle. Pour eux, ce mécanisme représente bien plus qu’un simple avantage douanier : il constitue une bouée de sauvetage pour des dizaines de milliers d’emplois et une garantie de stabilité économique et sociale. Sans lui, Madagascar risque de voir s’amplifier la perte de compétitivité de son textile, mais aussi de compromettre la survie d’autres filières d’exportation.
Tiana Ramanoelina




