Une semaine après l’installation du nouveau Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo, le gouvernement de la Refondation de la République de Madagascar dévoile son équipe, et avec elle, un visage inattendu à la tête du ministère de la Jeunesse et des sports : Alain Désiré Rasambany.
Alain Désiré Rasambany, est un illustre inconnu du monde sportif, qui a émergé des coulisses d’un parti politique aguerri pour atterrir directement sur le devant de la scène nationale. Dans un pays où le football, l’athlétisme et les disciplines collectives peinent à se singulariser, cette nomination soulève un voile de curiosité mêlée d’inquiétude. Qui est cet homme, forgé dans les arcanes de l’administration et de la politique partisane, pour porter l’ambitieux fardeau d’une refondation sportive ordonnée par le nouveau régime.
Novice en la matière
Rasambany n’est pas un novice absolu, loin s’en faut, mais son parcours trahit une trajectoire bien éloignée des terrains boueux ou des gymnases surpeuplés de la Grande Île.
Diplômé de l’Ecole Nationale d’Administration de Madagascar en 2019, avec une spécialisation en hautes études de diplomatie et relations internationales, il a affûté son esprit aux négociations complexes et aux enjeux géopolitiques qui transcendent souvent les frontières du pré carré sportif. Avant cela, un master en administration des affaires du INSCAE en 2015, complété par une licence en économie à l’Université d’Antananarivo en 2013, et une formation en finance et management à l’Essca Antanimena dès 2008, dessinent les contours d’un profil technocratique solide, taillé pour les analyses pointues et les stratégies à long terme.
Sans oublier ce programme de leadership des jeunes dispensé par la FES Madagascar en 2015, qui lui a sans doute insufflé cette énergie nécessaire, pour naviguer dans les eaux troubles de la vie publique.
Sur le front professionnel, Rasambany s’est illustré comme consultant senior au sein d’un cabinet d’études, où il a probablement manié l’art du conseil stratégique, décortiquant des politiques publiques et administratives avec la précision d’un scalpel. Mais c’est dans l’arène politique que son empreinte est la plus visible : secrétaire général du Hery Vaovao ho an’i Madagasikara (HVM), le parti fondé par l’ancien président Hery Rajaonarimampianina, il a œuvré dans les rouages internes d’une formation qui a connu ses heures de gloire, avant de s’effilocher sous les coups de la crise post-électorale.
Atout précieux
Cette expérience en gestion partisane, nourrie d’une loyauté indéfectible envers les figures du passé, pourrait se révéler un atout précieux, pour mobiliser les énergies dispersées du monde sportif, souvent miné par des querelles de chapelles et des fédérations en quête de légitimité.
Et puis, il y a cette rigueur administrative héritée de l’Enam, qui pourrait enfin imposer une politique nationale du sport cohérente, loin des improvisations qui ont trop souvent plombé les efforts passés. Dans le sillage du président de la Refondation, qui martèle l’urgence d’un changement structurel, Rasambany incarne potentiellement ce vent frais : un gestionnaire pragmatique, habitué à remanier des structures usées, comme il l’a fait au sein du HVM lors de ses 23 ans d’existence, où il a plaidé pour une refondation totale des organes internes.
Pourtant, sous cette façade prometteuse, des ombres planent, et non des moindres. Alain Désiré Rasambany reste un parfait inconnu du bataillon sportif, un intrus parachuté au cœur d’un univers qu’il n’a jamais foulé, ni en tant qu’acteur ni en tant que décideur.
Son prédécesseur, fort d’une expérience chevronnée dans les cercles athlétiques, avait pourtant buté sur les mêmes écueils, sans jamais franchir la ligne d’arrivée de ses ambitions.
Au final, Alain Désiré Rasambany porte en lui le paradoxe d’un outsider armé d’outils solides mais dépourvu de la boussole du terrain. Son intelligence stratégique et sa capacité à fédérer des énergies politiques pourraient bien catalyser le changement tant attendu, à condition qu’il s’entoure vite d’experts du sport pour combler ses lacunes.
Naisa




