A Madagascar, l’accès à l’internet reste relativement coûteux par rapport au revenu moyen des utilisateurs. La question du prix de l’internet est plus que jamais au centre des débats entre les acteurs concernés, les autorités de régulation et les consommateurs.
Selon le rapport de l’Internet Society “Pulse” pour 2023-24, un panier de consommation “faible” (internet mobile au minimum 3G) représente en moyenne 7,32% du revenu national brut par habitant (GNI) mensuel. D’autres études rendent compte d’une situation similaire, par exemple un article d’Ecofin Agency indiquant que la dépense mensuelle pour internet mobile représentait environ 6,28% du GNI/habitant en 2023. Cette part est bien au-dessus du seuil recommandé par l’International Telecommunication Union (ITU), qui fixe à 2% ou moins du GNI/habitant le niveau acceptable pour garantir l’”accessibilité financière”. En chiffres absolus, certaines sources indiquent qu’un abonnement haut débit fixe “60 Mbps ou plus” à Antananarivo tourne autour de US$ 60 par mois soit 235.800 ariary selon le site LivingCostIndex. Autrement dit, dans un contexte de revenu moyen ou faible, l’internet apparaît davantage comme un coût élevé et un facteur potentiel de fracture numérique voire même un luxe ou mal nécessaire.
En France, à l’inverse, l’accès fixe à internet est beaucoup plus abordable par rapport au niveau de vie moyen. Une source d’expatriés (Ibanista) situe l’abonnement “broadband” à environ 33,88 €/mois en mars 2025. Une autre étude internationale “Broadband Cost by Country” place la France à environ US$ 30,61 (soit 28-30€) de coût moyen mensuel pour l’internet fixe. Cela représente une part relativement faible du revenu moyen, et donc une accessibilité bien meilleure que dans beaucoup de pays à revenu moindre. En outre, les régulateurs et opérateurs français signalent que le prix moyen du fixe est “juste en-dessous de 30 €/mois”. En résumé, l’internet en France est non seulement plus rapide et mieux réparti, mais aussi financièrement plus accessible pour la grande majorité.
Sur l’île Maurice, les données disponibles indiquent une position intermédiaire. Par exemple, selon “Cost of Living in Mauritius – Wise”, un abonnement internet (60 Mbps ou plus, données illimitées) y est listé à environ Rs 1 400 (~€27-30) par mois. D’autres sources comme Expatistan montrent pour Port Louis un abonnement 300 Mbps à environ Rs 2 715 ( soit 55€) par mois. Dans les budgets mensuels d’expatriés, on retrouve la catégorie “Utilities (électricité, eau, internet)” citée à €100) par mois. Ainsi, bien que les niveaux de prix varient, l’internet à Maurice apparaît plus accessible que à Madagascar (à revenu moyen comparable ou plus faible) mais reste un peu plus onéreux qu’en France en termes absolus, tout en étant probablement mieux aligné avec le niveau de vie local.
Indéniablement, les données montrent que Madagascar souffre d’un désavantage tarifaire marqué : bien que les coûts absolus ne soient pas les plus élevés au monde, leur part dans le revenu est très élevée, ce qui limite fortement l’accès. En France, l’internet est abordable et largement diffusé. A Maurice, la situation est plus favorable qu’à Madagascar mais encore légèrement moins favorable que le modèle français en termes de tarif relatif et de pouvoir d’achat. Pour Madagascar, l’un des défis majeurs reste donc de réduire le coût relatif de l’accès afin de favoriser l’inclusion numérique et la réduction de la fracture digitale.
Vitesse de qualité
La vitesse de l’internet à Madagascar connaît une progression remarquable, plaçant le pays parmi les plus performants du continent africain selon le baromètre nPerf 2024.
En se basant sur les tests de débits, de latence, de navigation et de streaming, l’étude met en avant la qualité croissante de l’expérience utilisateur, aussi bien sur les connexions fixes que mobiles. L’opérateur Yas se distingue particulièrement comme le leader national, offrant les meilleures performances globales pour l’internet fixe. Entre avril 2023 et mars 2024, Yas a fourni un débit descendant moyen de 35 Mb/s, un score classé “excellent” par nPerf, et supérieur à la moyenne régionale africaine, souvent inférieure à 20 Mb/s. Ce niveau de performance permet aux utilisateurs d’effectuer sans difficulté des usages exigeants tels que le streaming en 4K, les visioconférences ou le téléchargement rapide de gros fichiers.
En termes de latence, indicateur clé pour la réactivité des connexions, Yas affiche également la meilleure performance du pays avec 103 millisecondes, offrant ainsi une navigation fluide et un confort d’utilisation optimal. Le test de streaming confirme cette supériorité : l’opérateur obtient 74%, garantissant une expérience vidéo stable, notamment sur YouTube, et positionnant Madagascar au-dessus de plusieurs pays africains comparables. Pour la navigation web, l’opérateur affiche 38%, correspondant à un temps de chargement moyen de 6,2 secondes par page, un résultat très compétitif dans la région.
Concernant l’internet mobile, Madagascar enregistre également une progression significative, avec un débit descendant moyen de 33 Mb/s, supérieur à celui observé au Kenya (19 Mb/s), au Nigeria (12 Mb/s) ou encore en Égypte (9 Mb/s). Ces chiffres témoignent d’un véritable saut qualitatif dans la connectivité mobile nationale. Yas et Orange se partagent la tête du classement, avec un léger avantage pour Orange (38 Mb/s), tandis que Yas brille par la qualité de son streaming (73%), confirmant sa position d’acteur clé de la transformation numérique du pays.
En comparaison, la France affiche un débit fixe moyen de 156 Mb/s et un débit mobile de 76 Mb/s (données : Ookla et Datareportal 2024), tandis que l’île Maurice atteint respectivement 73 Mb/s et 37 Mb/s, selon Cable.co.uk. Bien que Madagascar reste en deçà des standards européens, l’écart se resserre avec ses voisins insulaires, illustrant le dynamisme du secteur des télécommunications.
Recueillis par Tiana Ramanoelina




