Dr Solofo Razafimahefa: « Il ne faut plus se contenter de publier des articles ou de déposer des brevets… »

Le docteur Solofoniaina Andriantiaray Razafimahefa, inventeur, enseignant-chercheur et responsable de la mention Environnement de l’Institut universitaire de l’Innovation technologique à l’université de Vakinankaratra, a remporté le Prix de l’innovation à l’African Network for Drugs Innovation (ANDI) à Addis-Abeba (Ethiopie). De l’invention à l’innovation, il sait de quoi il parle.

*Les Nouvelles : De l’invention à l’innovation, quelle est la différence entre ces deux démarches ?

– Solofoniaina Razafi­mahefa Andrian­tiaray : L’invention découle de la re­cherche qui s’appuie sur la réflexion, l’étude, l’observation et l’expérimentation, visant à mettre en lumière de nouvelles informations ou à en vérifier d’anciennes, afin d’augmenter les connaissances. Tandis que, l’innovation met en avant la démarche de créer de la nouveauté apportant de la valeur, que ce soit pour produit, un service, un modèle d’entreprise ou une entité. Cela consiste à privilégier des solutions nouvelles plus efficaces et à moindre coût, comparées à celles déjà existantes.

*L’invention et l’innovation ont-elles leur place à Madagascar ?

– A Madagascar et dans le reste du monde d’ailleurs, la recherche et l’innovation sont essentielles pour générer des connaissances. Non seulement elles créent des va­leurs, mais font avancer également le pays. Et même si la Grand île fait face à des défis importants tels que le man­que d’infrastructures ou le changement climatique, il existe des signes encourageants et un potentiel de dé­veloppement fondé sur l’innovation.

*Pouvez-vous parler de votre parcours scientifique ?

– L’Université offre des possibilités de croissance professionnelle, crée des services. L’université d’Antana­narivo, plus précisément la Faculté des Sciences, m’a in­culqué la culture scientifique et l’esprit innovant. Au début de ma carrière scientifique, quand j’ai préparé mon Diplôme d’étude appro­fondie (DEA), j’ai choisi d’opter pour une nouvelle thématique qu’on n’aborde pas beaucoup dans la société malgache. C’est un sujet ta­bou, alors que le développement personnel est en jeu au risque de perturber la vie et l’économie d’un foyer. Il s’agit de l’impuissance masculine au cœur de mon mémoire sur l’« Etude de l’activité aphrodisiaque de la racine de plante SR01 sur un modèle animal : souris ». Et ce sujet a suscité beaucoup d’attention car une approche claire et cohérente des risques in­duits est indispensable au bon développement du processus d’innovation.

*Dans tous les domaines de recherche, la collaboration avec d’autres scientifiques est primordiale…

*Au sein de l’Institut mal­gache de recherches appliquées, j’avais l’opportunité de travailler avec un éminent scientifique, le feu Pro­fesseur Philippe Rasoanaivo, qui s’était engagé à promouvoir « la recherche et le développement ». Cette approche nous a permis de développer de nouveaux produits ré­pondant aux besoins du marché local et international, et d’améliorer leur efficacité et leur compétitivité. Nous ne nous limitions plus aux publications des articles scientifiques, mais préparons des nouvelles compositions à base d’extraits de plantes pour produire de nouveaux produits innovants, efficaces, mais surtout à la portée de tous. Et comme la recherche implique une forme de collaboration, qu’elle soit directe ou indirecte ; elle transcende les barrières sociales, politiques, géographiques et culturelles.
Grâce à une collaboration avec scientifique suédois, le Pr Jarl Wikberg, nous avons pu valoriser scientifiquement l’effet induit par une molécule extraite d’une plante endémique malgache Neobegueamahafalensis connue sous le nom vernaculaire Handy sur le dysfonctionnement érectile. Une molécule originale appelée Libiguin de la famille de Phragmalin de type limonoïde qui provoque un long effet stimulant de la fonction érectile a été découverte.
A l’Université, toujours en collaboration avec l’IMRA et une ONG locale AINA Re­sources Madagascar avec un financement de l’IRD, nous avons trouvé une nouvelle formule d’un phytomedicament, pour le traitement de la goutte à base d’une plante endémique de Madagascar.

*Avez-vous obtenu des brevets d’invention ?

– On a obtenu le brevet PCT (Traité de coopération en matière de brevets) intitulé «Nouvelles molécules et compositions pharmaceutiques» sous la référence WO 2008/ 145996 A2, portant sur la pré­paration d’une nouvelle composition pharmaceuti­que pour le traitement de l’impuissance masculine, qui s’est entendu aux USA et au Canada (US 0247593 A1et CA2688394C). D’autres de­mandes de brevets sont dé­posées auprès de l’Omapi : MG/B/2012/0000 33 et MG/B/2012/000036 portant sur une composition pharmaceutique à base d’huile essentielle d’une plante en­démique de Madagascar comme antiépileptique, anticonvulsif, et neuroprotecteur et une autre composition pour le traitement des infections ou réinfections paludéennes.
Un autre brevet d’invention portant sur une composition pharmaceutique et ses procédés de préparation pour usage en traitement des douleurs articulaires et de la goutte, a été déposé à l’Oma­pi sous le numéro d’ordre MG/B/2021/000018.

*Quelles sont vos re­commandations en matière d’invention et innovation ?

– Pour promouvoir une croissance durable à Mada­gascar, nous devons gérer nos ressources naturelles en investissant dans leur valorisation, la diversification et l’innovation, tout en protégeant la nature pour préserver les services écosystémi­ques essentiels. Puis, Il faut sensibiliser l’esprit d’entreprendre chez les scientifi­ques qui travaillent durement et font partie des concepteurs de l’innovation. Il ne faut plus se contenter de publier des articles ou de déposer des brevets, mais il faut les exploiter.

*C’est-à-dire…

-Actuellement, les grands groupes pratiquent de plus en plus l’open innovation, ou innovation ouverte, une manière de collaborer efficacement pour concevoir un produit nouveau sans se laisser absorber. C’est tout l’enjeu d’une relation de travail qui profite à la petite comme à la grande entreprise en appliquant les règles d’un partenariat équitable.

*Votre mot de la fin…*

Pour terminer, je remercie l’Omapi et l’OMPI en m’invitant en tant que conférencier au séminaire sur le développement du réseau Cati ou Centres d’appui à la technologie et à l’innovation qui s’est déroulé à Antana­narivo, Ma­dagascar en mars 2025.

Propos recueillis par Sera R.

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