Entre liberté et contraintes : le paradoxe du freelance

Travailler en freelance, être son propre patron. Ce mode de vie fait rêver de plus en plus de personnes aujourd’hui. Mais, être freelance, dans la réalité, c’est comment exactement ?

Ils sont graphistes, développeurs, photographes, assistants virtuels, community manager, journalistes, communicants…et ils ont un point commun : ils ont troqué leur fiche de paie contre une facture. Ils sont devenus freelance. Un mode de travail indépendant, sans lien de subordination avec un quelconque employeur, offrant une flexibilité d’organisation et d’horaires. Christian Soloniaina, freelance dans le secteur de la biodiversité, depuis près de huit ans, définit un freelance comme « un professionnel indépendant qui propose ses compétences à plusieurs clients, sans être lié par un contrat salarié permanent ».

Trouver ses premiers clients, le baptême du feu
Comme tous nouveaux entrants, la barrière à l’entrée est aussi de taille pour ce mode de travail. « Le plus grand défi, pour moi, était de trouver le premier client et aussi de prouver que je méritais mes prétentions. Au tout début, je ne faisais pas de prospection, je me reposais seulement sur les recommandations des ex-collègues, et des clients sans faire d’effort particulier. », se souvient Christian Soloniaina.
Pour Daniella Salohy Angoti, freelance depuis sept ans, plus que le carnet d’adresse encore vide au démarrage, le véritable défi était surtout de trouver « le bon client ». « Mon plus grand défi au démarrage, c’était le fait de trouver des clients. Mais quelques années plus tard, j’ai réalisé que le véritable défi est tout autre : trouver de bons clients. Des clients qui paient. Des clients qui paient bien. Des clients sains… », confie-t-elle.

Idées reçues : la réalité brute du quotidien d’un freelance
Etre freelance, c’est être son propre patron. Gagner, parfois largement mieux qu’en salariat. La liberté et l’autonomie ont toutefois un prix : pas de congés payés, pas d’indemnités chômage et une protection sociale qui repose entièrement sur les épaules du freelancer. Et surtout, entre les pics d’activités et la gestion invisible de son propre entreprise, les huit heures peuvent facilement s’effacer au profit d’une réalité plus complexe. « Contrairement à ce que pense la plupart des gens, les freelancers ne se la coulent pas douce en se laissant aller nonchalamment devant leur ordinateur à ne rien faire toute la journée. Moi, par exemple, en ce moment, je travaille plus huit heures par jour sur différents projets. Certains jours, il est possible que je travaille moins. Cela dépend de la situation de chaque projet. Ce que je peux dire, c’est que mon rythme de travail est très variable », confie Salohy Angoti Daniella. Christian Soloniaina, lui, dépeint une réalité plus instable sur le plan financier. « Dans mon domaine, je peux avoir des missions au maximum 6 mois pendant une année. Et rien n’est jamais sûr. Il m’est arrivé de n’avoir que 500 Ar en tout et pour tout. Depuis, je gère beaucoup mieux mon argent, au cas où je n’aurai pas de client ou si je tomberais malade pendant les 6 mois, durant lesquels je peux réellement travailler. », indique-t-il.

Des freelancers naviguent aussi dans la tempête des taux de change
Si certains freelances se concentrent sur des missions de leur région, d’autres exportent leur savoir-faire auprès de clients étrangers. Une ouverture qui offre de belles opportunités mais qui impose vigilance. La variation des taux de change peut transformer certaine collaboration en un défi comptable. Christian Soloniaina explique comment ce paramètre a modifié sa stratégie tarifaire. « Les variations du taux de change ont déjà fait baisser et augmenter mes revenus réels. Maintenant, je valorise mon travail directement en ariary autant que possible. Pour des projets qui nécessitent des achats à l’étranger, je préfère quand même facturer en monnaie étrangère. Et si jamais la valeur de l’ariary chute, je ne me retrouve pas à combler les manques. Sinon, c’est toujours en ariary sauf pour les taches à livrer pendant les mois de décembre et de janvier. »
Salohy Angoti Daniella, elle, a choisi de fixer ses tarifs en devise étrangère. « Mes clients sont étrangers, et je suis convaincue qu’ils comprennent mieux quand on leur parle dans leur langage, que ce soit niveau tarif ou autre. Je pars du principe que ces taux changent chaque jour. C’est au-delà de mon contrôle. Je ne me plains pas auprès de mes clients quand les taux sont en baisse, pour la simple et bonne raison que je ne leur rends pas la monnaie quand les taux sont élevés », conclut-elle.

Fenitra Rarivoson

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