Femi 2026: Lova Nantenaina remporte le Grand Prix du Meilleur documentaire

« Sitabomba. Chez les Zébus francophones » de Lova Nantenaina, a remporté le Grand Prix du Meilleur documentaire au Festival régional et international du cinéma (Femi 2026), le 28 février dernier en Guadeloupe.

Dans ce documentaire de 103 minutes, le réalisateur s’attaque frontalement aux conflits fonciers qui opposent paysans et puissants acteurs politiques, où les propos sont clairs, assumés, presque militants.
Cette récompense est donc amplement méritée en osant parler de ce sujet sensible. Son objectif est de mettre en lumière la résilience des paysans malgaches face à la situation, souvent orchestré par de puissants acteurs politiques. « J’ai réalisé ce film durant plusieurs années pour voir petit à petit l’évolution de l’histoire », raconte Lova Nantenaina.
Le film dénonce donc l’accaparement des terres, transformé en projets présidentiels dont certains restent inachevés. A travers les témoignages des derniers paysans comme Ly, la colère est palpable. « C’est notre vie. Sans cette terre, nous ne se­rions rien », confie-t-il.
Fausses promesses, luttes juridiques acharnées… le film dévoile les coulisses d’un combat qui dure depuis des années, alors que leurs terres sont peu à peu confisquées par de « gros poissons ». « C’est comme un combat d’œuf contre une pierre », ajoute-t-il.

Un film profondément culturel malgré un thème politique
Au-delà des propos engagé, l’œuvre séduit aussi par sa forme. Le réalisateur mêle plusieurs disciplines artistiques : une touche d’animation pour évoquer un passé imaginé, le kabary malgache pour renforcer les métaphores et les ironies, les arts plastiques avec la participation de Temandrota, ainsi que le théâtre de ma­rionnettes pour caricaturer les situations politiques actuelles.
« Sitabomba. Chez les Zé­bus francophones » reflète ain­si une large part de la culture malgache. Le cinéaste jongle habilement entre ces expressions artistiques pour susciter l’émotion du public. D’autant plus que l’accaparement des terres reste un sujet brûlant et reste encore d’actualité. Ainsi, à la fin de la projection, les spectateurs ressortent encore plus frustrés par la situation du pays.
Pour rappel, le film avait déjà remporté le Film Prize Leipziger Ring en 2023, ainsi que le Prix du développement durable lors de la 41e édition du Festival international de cinéma Vues d’Af­ri­que au Canada. Il a aussi obtenu le Prix du film vert au festival du film francophones « Les œillades »…
Cette nouvelle distinction honore une fois de plus le dynamisme du cinéma malgache. Créé il y a 30 ans, le Femi constitue une opportunité supplémentaire pour le réalisateur de porter cette thématique auprès d’un public international, d’autant plus que cette problématique dépasse largement les frontières de Madagas­car. Sans oublier que le film sillonne les salles obscures de divers pays dans le monde.

Holy Danielle

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