Avoir le dernier mot

Madagascar est toujours sanctionné par les organisations régionales telles que l’Union africaine et la SADC, suite à l’accession au pouvoir du régime de la Refon­dation. On reproche à ce dernier de ne pas être passé par la voie des urnes pour pouvoir lé­gitimement diriger le pays.
Mais à bien y penser, ces organisations régionales doivent revoir leur décision sur la base du fond et de la forme de prise de pouvoir et non pas se cantonner sur le fait qu’il n’y avait pas eu d’élection. On réclame à cor et à cri des élections libres, démocratiques et inclusives, donc fiables.
Mais quand est-ce qu’on a eu des élections de qualité respectant toutes ces valeurs ? Par­tout, on a toujours eu droit à des simulacres d’élections systématiquement truquées, marquées par des fraudes massives. Comment croi­re à la véracité des résultats quand le vainqueur se voit accordé plus de
90 % des suffrages ?
Même la présence sur place des représentants de ces organisations ré­gionales pendant le dé­roulement des élections n’est pas une garantie de fiabilité des élections. Bien souvent, ces représentants limitent principalement leurs interventions dans quelques grandes villes qui sont loin d’être représentatives.
Peut-on se fier à des élections soit disant dé­mocratiques quand tous les moyens sont utilisés par la machine d’Etat pour écarter les principaux adversaires du «candidat d’Etat» ? Ils sont muselés, voire emprisonnés pour des motifs bien trop souvent montés de toutes pièces.
L’un des exemples les plus flagrants est la récente réélection du Président congolais Denis Sassou-N’Guesso qui rempile pour un cinquième mandat. Cela a été possible grâce à une manipulation du référendum du pays qui a permis de lever toutes les interdictions pouvant l’empêcher de se représenter.
Beaucoup de chefs d’Etat africain ont eu les mêmes velléités que le dirigeant de la Républi­que du Congo. Rester au pouvoir le plus longtemps possible est le rêve inavoué de tout dirigeant politique et pas seulement africain. Mais les conditions contextuelles dans leur pays respectif les en ont empêchées.
Il faut également souligner que si les dirigeants africains brandissent la tenue d’élection comme une épée de Damoclès dressée sur la tête d’éventuels candidats tentés à prendre le pouvoir en dehors du verdict des urnes, c’est parce qu’ils ont peur de perdre leur trône.
Cela risque d’arriver quand les pressions et les revendications populaires sont justifiées et surtout quand on voit les résultats catastrophiques d’un règne sans partage après de nombreuses années de pouvoir. Les exemples ne sont pas rares dans de nombreux pays africains.
On ne peut pas encourager les coups d’Etat, les prises de pouvoir par la force… Mais il arrive toujours un moment où le peuple, à bout de patience quand on ne l’écoute pas, se soulève. La poussée de ses aspirations et de ses revendications est tellement forte que rien ne peut y résister.
Les dirigeants africains doivent être conscients, qu’ils le veuillent ou non, qu’ils ne pourront pas éternellement faire la sourde oreille ou ignorer des aspirations légitimes et que rien ne peut s’opposer au peuple quoi qu’ils fassent. Et que tôt ou tard, c’est toujours le peuple qui aura le dernier mot.

Ranaivo Lala Honoré

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