Le sikidy suscite un intérêt grandissant chez les jeunes. Curieux d’en apprendre davantage sur cet art divinatoire typiquement malgache, ils sont nombreux à assister à la conférence animée par Mathias Barthe Harinantenaina, écrivain, mpisikidy et chercheur en savoirs traditionnels, mercredi à la Bibliothèque nationale de Madagascar (BNM) à Anosy, organisée par l’association Famoloana Telozoro.
Cette conférence a fait salle comble avec du public composé majoritairement de jeunes, très attentifs aux explications de Mathias Barthe Harinantenaina qui a proposé une approche approfondie du «Sikidy», abordant à la fois ses origines, ses figures avec des graines, ses formes avec des lignes droites et courses, sans oublier sa portée symbolique. A vrai dire, ces jeunes ont voulu connaître les vrais secrets du «Sikidy».
«Selon les académiciens, le sikidy est arrivé à Madagascar au 9 e siècle», raconte-t-il. Il est né au Moyen-Orient vers le même siècle, et est influencé par la géomancie arabe appelée «Raml» qui consiste à interpréter des figures formées par des points ou des cailloux jetés au hasard, souvent sur le sol ou du papier.
Loin des clichés de la magie noire, Mathias Barthe Harinantenaina a tenu à replacer cette pratique dans son contexte sacré et culturel, en insistant sur sa dimension spirituelle et sociale.
Un art divinatoire
Au fil des échanges, plusieurs questions ont émergé. «Quel est l’utilité de ce sikidy dans notre quotidien ?», s’interroge Hobiniaina, poète et membre de l’association organisatrice. Comme réponse, Mathias Barthe Harinantenaina a souligné qu’avant tout, le sikidy est un outil de réflexion et d’orientation, permettant d’apporter des solutions aux problèmes, tout en valorisant le fihavanana, fondement des relations sociales malgaches.
L’un des points marquants de son intervention a été sa volonté de démystifier la pratique. Selon lui, «tout le monde peut pratiquer le sikidy, parce qu’il est basé sur le mathématique». Une affirmation qui a suscité des réactions dans l’assistance. Certains évoquant même l’existence d’applications numériques reposant sur des algorithmes inspirés du sikidy.
Toutefois, Mathias Barthe Harinantenaina, a ajouté une nuance. Si la technologie peut reproduire le système, elle ne peut en restituer toute la portée. «Tout le monde peut l’utiliser, mais ce n’est pas tout le monde qui arrive à l’interpréter», précise-t-il. Cette interprétation nécessite un rite et une connexion spirituelle, notamment avec Zanahary.
A traves cette conférence, de plus en plus de jeunes s’intéressent à leur identité culturelle, aux us et coutumes. «Je m’intéresse surtout à ce qui rend notre culture authentique», confie un participant. Dans un monde globalisé, ce retour aux sources apparaît comme une quête de sens et de la valeur ancestrale où traditions et modernité cohabitent.
Et enfin durant la conférence, Mathias Barthe Harinantenaina a effectué une démonstration de sikidy, permettant au public de mieux appréhender concrètement cet art complexe. Une manière de transmettre un héritage, mais surtout de rappeler l’importance de préserver et valoriser les savoirs traditionnels malgaches.
«Mathias Barthe Harinantenaina a effectué des études sur ce sujet. Et dans sa mission, il décide de partager ses acquis», conclut Hobiaina.
Holy Danielle




