Mercredi des idées en goguette: Victime collatérale

Enfin, une commu­ni­­­cation officielle. Il aura fallu que les signaux faibles deviennent des évidences pour que l’Exécutif franchisse le pas. Mais mieux vaut tard que jamais dit-on. Réuni en Conseil des ministres spécial, hier, le gouvernement a adop­té un décret proclamant l’état d’urgence énergétique sur l’ensemble du territoire national. Une décision exception­nelle pour une situation qui ne l’est pas moins.

Dans son compte rendu, l’Exécutif évo­que une crise profonde liée aux perturbations de l’approvisionnement en énergie, conséquence directe des tensions qui s’intensifient au Moyen-Orient. Une for­mulation sobre mais qui décrit une réalité bien plus palpable pour les citoyens. Car pendant que les grandes puissances s’opposent à des milliers de kilomètres, ici, ce sont les files d’attente qui s’allongent devant les stations-service, les réservoirs qui se vident et l’inquiétude qui s’installe.

Il faut bien l’admettre : Madagascar, malgré son éloignement géographi­que des zones de conflit, ne vit pas en vase clos. Le pays dépend largement des importations d’hydrocarbures, et cha­que secousse sur les marchés internationaux finit, tôt ou tard, par se répercuter sur le quotidien des ménages et des en­treprises. En ce sens, la crise actuelle agit com­me un révélateur de nos vulnérabilités structurelles.

Certes, nous ne sommes pas partie prenante au conflit, et c’est très bien ainsi. Mais dans un monde globalisé, l’indifférence géographique n’offre aucune immunité économique. Le choc est indirect mais ses effets sont bien réels. Déjà, dans certaines localités, des stations-service signalent des ruptures sur certaines catégories de carburant. Les premières tensions apparaissent, et avec elles, le spectre d’une crise plus large si la si­tuation venait à durer.

Pendant ce temps, sur la scène internationale, les positions restent figées. Les déclarations se durcissent et l’espoir d’un apaisement rapide semble encore lointain. Autant dire que Mada­gas­car doit se préparer à naviguer dans une pé­riode d’incertitude prolongée.

Dès lors, la proclamation de l’état d’urgence énergétique pose une question essentielle, au-delà de l’annonce, quelles mesures concrètes seront mises en œuvre ? Car décréter l’urgence est une chose, y répon­dre efficacement en est une autre. Rationalisa­tion de la distribution, priorisation des secteurs essentiels, diversification des sources d’énergie, communication transparente… autant de pistes qui devront rapidement se traduire en actions visibles.

En tout cas, Madagas­car se retrouve, une fois de plus, confrontée à une réalité qu’elle ne maîtrise pas, mais dont elle subit les conséquences. Une situation inconfortable mais pas inédite. Reste à savoir si cette fois, la réponse sera à la hauteur des enjeux.

Rakoto

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