Qu’est-ce qui empêche nos territoires de transformer nos connaissances en capital durable ? Cette question était aussi à l’ordre du jour de la deuxième édition du CEO Summit 2026, les 9 et 10 avril derniers, à Antananarivo. Répondre à cette question demande d’explorer un domaine économique particulier : l’économie de la connaissance. La relation entre la connaissance et la croissance économique.
Le savoir, une matière première immatérielle dans l’économie de la connaissance
L’économie de la connaissance, pour faire simple, c’est un système économique qui repose sur l’intelligence humaine. Pour le Dr Hervé Razafindranaivo, un des panélistes lors de cette conférence sur l’économie de la connaissance au CEO Summit et aussi expert en croissance personnelle et collective, “l’économie de la connaissance cherche à donner de l’importance aux savoirs pour promouvoir une croissance économique, pour une entreprise quelconque ou un pays”.
La professeure Holimalala Randriamanampisoa, économiste, responsable de la mention Économie à la Faculté d’Économie, de Gestion et de Sociologie de l’Université d’Antananarivo, classe la connaissance comme une ressource économique. “À partir du moment où l’on considère la connaissance comme un actif, on accepte de la considérer comme une valeur au même titre qu’un capital naturel et financier”, souligne-t-elle.
Un manque de passerelles entre recherche et emploi
Si les connaissances produites dans les universités ou les centres de recherche ne sont pas valorisées dans l’économie, c’est parce qu’il y a un cloisonnement entre la production du savoir et l’exploitation économique. C’est ce que constate la professeure Holimalala Randriamanampisoa. “Le principal verrou qui ne permet pas de considérer la connaissance comme un actif, c’est l’absence d’un écosystème pour lier le savoir et le marché ou les acteurs autour de ce savoir. Il faut créer un espace de dialogue pour comprendre qui fait quoi, et comment ils peuvent s’accompagner pour transformer l’actif en outil économique.”, suggère l’enseignante-chercheure.
Le Dr Hervé Razafindranaivo, lui, évoque la cohabitation de deux visions. “D’un côté, vous avez les entreprises, ou les institutions étatiques tout simplement, qui se doivent de fonctionner rapidement. Elles sont ainsi absorbées par leur travail. D’un autre côté, il y a les chercheurs qui développent leurs connaissances, des connaissances qui ne tiennent pas compte de la réalité du monde du travail. Il n’y a donc pas de lien entre les deux. Cela entraîne un déficit de ressources dans la recherche et une inadéquation entre les travaux de recherche et les besoins des entreprises.”, indique-t-il.
La fuite des cerveaux : symptôme d’une économie de la connaissance moins performante
La fuite des cerveaux, ce sont des étudiants diplômés, des chercheurs ou des talents qui quittent leur pays pour aller travailler à l’étranger, souvent là où ils estiment que les opportunités sont meilleures. En économie de la connaissance, c’est une perte pour les pays d’origine. « La fuite des cerveaux, traditionnellement, c’est une personne qui émigre dans un autre pays pour le travail, parce qu’il se peut qu’elle ne trouve satisfaction à ses besoins que là-bas. Nous avons tendance à penser que la fuite des cerveaux est toujours en lien avec un mode de vie. Ce n’est pas toujours le cas. Aujourd’hui, les talents ne sont plus obligés de quitter leur pays d’origine. Ils restent dans leur pays, tout en travaillant pour des pays étrangers. Ils stimulent ainsi l’innovation, la productivité et le PIB des pays étrangers », explique le Dr Hervé Razafindranaivo.
Repenser les priorités pour valoriser le savoir
Faire tourner l’économie de la connaissance demande de repenser l’éducation et la gestion des compétences. Pour encourager les jeunes et les talents à travailler pour l’économie locale, et réduire ainsi les fuites de cerveaux, Hervé Razafindranaivo invite les décideurs à répondre aux besoins des talents. “Il ne faut pas se limiter aux questions d’argent. Les responsables doivent se demander si les talents éprouvent du bonheur à l’idée de travailler pour leur pays et de contribuer à son développement. Il faut tenir compte de nombreux paramètres et y répondre.”, ajoute-t-il.
La professeure Holimalala Randriamanampisoa recommande, quant à elle, d’augmenter le budget alloué à l’éducation et à la formation des jeunes, de renforcer les liens entre la recherche scientifique et le secteur industriel, ou encore de valoriser économiquement les résultats des travaux universitaires.
Fenitra Rarivoson




