Un hybride créatif. C’est ainsi que l’on peut qualifier Franck Andrianjanahary. Designer artistique, chorégraphe et créateur de mode, il évolue aussi dans la valorisation des déchets et l’entrepreneuriat culturel. Un parcours atypique, à la croisée de plusieurs disciplines, qui l’a toujours ramené vers sa passion de toujours : la mode. Rencontre.
Comment êtes-vous passé du statut de designer artistique à celui d’entrepreneur ?
Leurs propres opportunités. La danse m’a ouvert de nombreuses portes à l’international, notamment en France, au Rwanda et à La Réunion. Au fil de ces voyages et de ces résidences artistiques, j’ai découvert des initiatives liées à l’écologie et à la valorisation des déchets. Cette expérience a profondément changé ma manière de voir les choses. De retour à Antananarivo, face à la pollution qui saute aux yeux dans la capitale, j’ai voulu créer une structure capable de transformer les déchets en ressources créatives et économiques. C’est ainsi qu’est née Expression Malagasy Holding SARLU.
À quel moment avez-vous compris que votre talent pouvait devenir une activité
Je pense que le déclic s’est fait progressivement. Au début, je créais surtout par passion. Peu à peu, j’ai constaté que cette approche mêlant art, recyclage, artisanat et identité malgache touchait le public. La reconnaissance de mes créations à l’international m’a fait comprendre que je tenais là un véritable potentiel, à la fois culturel et économique.
Quel a été votre tout premier projet générateur de revenus ?
Mes premières sources de revenus provenaient de la danse et des performances artistiques. Par la suite, j’ai développé des objets artisanaux et des créations conçues à partir de matériaux recyclés au sein d’Expression Malagasy Wear & Design.
Comment avez-vous financé vos premiers projets ?
Honnêtement, avec très peu de moyen. Les revenus tirés de mes activités artistiques, de petits contrats et de différentes prestations m’ont permis de financer progressivement mes projets. Il y avait aussi beaucoup de débrouillardise. Chaque somme gagnée était réinvestie pour donner vie à une nouvelle idée.
Avez-vous bénéficié de prêts, de subventions ou de partenariats ?
J’ai surtout bénéficié d’opportunités artistiques, de collaborations et de certains accompagnements culturels. Mais la majorité de mes projets voyait progressivement le jour grâce à mes propres moyens et aux réseaux que j’ai développés au fil du temps.
Les banques soutiennent-elles facilement les entrepreneurs créatifs selon vous ?
Je pense que le secteur créatif reste encore mal compris par beaucoup d’institutions financières. Les entrepreneurs artistiques peinent souvent à obtenir des financements, leurs activités étant perçues comme risquées ou instables. Les industries créatives ont pourtant la capacité de générer de l’emploi, de créer de la valeur locale et de renforcer le rayonnement du pays.
Quels obstacles avez-vous rencontrés au démarrage ?
Le manque de financement et le manque d’accompagnement. Il y avait aussi le regard des autres. Quand on évolue dans des domaines artistiques ou innovants, certaines personnes ont du mal à comprendre la vision. Il fallait aussi apprendre à gérer plusieurs métiers à la fois : création, production, communication, vente, gestion d’équipe…
Vous êtes à la tête de plusieurs marques et projets. Pourquoi avoir choisi de diversifier autant vos activités ?
Je pense que cette diversification s’est faite naturellement à travers mon parcours artistique et entrepreneurial. Toutes mes activités sont liées entre elles : la mode, le design, l’artisanat, l’événementiel, la danse ou encore la valorisation des déchets. Chaque projet représente une autre manière d’exprimer la créativité et de créer de la valeur à partir de notre identité culturelle et de nos ressources locales. À travers Expression Malagasy Holding SARLU, Expression Malagasy Wear & Design, Renaissance Eco-bijoux ou encore F.K Création, et la maison de mode Franck ANDRIANJANAHARY, je développe différents univers qui se complètent.
Est-ce une stratégie pour répartir les risques économiques ?
Oui, bien sûr. À Madagascar, le secteur créatif reste fragile et instable. Diversifier les activités permet de créer un équilibre économique et de continuer à faire vivre les projets artistiques même pendant les périodes plus difficiles. Cela permet aussi de ne pas dépendre d’un seul marché ou d’une seule source de revenus.
Comment gérez-vous autant de structures simultanément ?
Gérer plusieurs structures exige beaucoup d’organisation, de discipline et une équipe solide. Je continue d’apprendre à trouver le bon équilibre entre la création artistique et les responsabilités entrepreneuriales. La passion reste toutefois un moteur essentiel pour soutenir ce rythme.
Quel secteur, parmi vos activités, est aujourd’hui le plus rentable ?
Les activités liées au design, à l’artisanat et aux créations événementielles sont les plus rentables. La mode et les créations artisanales ont aussi une forte valeure. Elles portent une identité locale et écologique qui attire de plus en plus de personnes et suscite l’intérêt des partenaires.
Certains projets financent-ils les autres ?
Oui, très souvent. Certains projets plus commerciaux permettent de soutenir des projets plus artistiques, culturels ou expérimentaux. Certaines activités, à l’instar de l’événementiel et du design peuvent aider à financer des créations de mode, des collections ou des projets culturels qui demandent davantage d’investissement au départ.
Combien d’emplois avez-vous créés ?
Je collabore avec des artisans, des couturiers, des créateurs, des techniciens, des danseurs, des scénographes et de jeunes apprentis, selon les besoins de chaque projet. La transmission des compétences et l’accompagnement des jeunes talents occupent une place essentielle dans ma démarche. Même si tous les postes ne sont pas permanents, l’objectif reste de créer régulièrement des opportunités de travail autour de la création locale.
Quelle est, selon vous, votre contribution à l’économie locale ?
Je valorise principalement les ressources locales, les savoir-faire artisanaux et les matériaux recyclés. À travers mes projets, j’essaie de transformer des matières souvent considérées comme des déchets en produits à valeur ajoutée, tout en créant des revenus pour plusieurs artisans et collaborateurs locaux.
Quel effet vos activités ont-elles sur les artisans partenaires ? Quelle est la place de cette communauté dans votre activité ?
Les artisans occupent une place essentielle dans tous mes projets. Sans eux, beaucoup de mes créations n’auront jamais vu le jour. Je travaille dans une logique de collaboration et de valorisation mutuelle. L’objectif est aussi de montrer qu’un artisanat malgache contemporain peut avoir une reconnaissance internationale tout en restant profondément ancré dans notre culture
Quelle est votre définition du succès en affaires ?
Le succès ne se résume pas, à mes yeux, à la réussite financière. Réussir en affaire, c’est vivre de sa passion, créer un impact positif, inspirer d’autres personnes et construire des projets qui ont du sens humainement, culturellement et socialement.
Quel est votre principal moteur aujourd’hui ?
Mon principal moteur reste la création. J’ai aussi envie de montrer qu’à Madagascar, malgré les difficultés, il est possible de construire des projets créatifs ambitieux, innovants et porteurs d’avenir.
Où voyez-vous vos entreprises dans cinq ans ?
Je souhaite développer davantage mes marques à l’international, renforcer la production locale et créer plus d’opportunités pour les jeunes artisans malgaches. J’aimerais aussi développer des espaces de création, de formation et de transmission autour de la mode, du design et de l’artisanat durable.
Quel héritage souhaitez-vous laisser ?
J’aimerais laisser l’image d’un créateur ayant su transformer les difficultés en opportunités et démontrer que l’art, la culture et l’écologie peuvent devenir de véritables moteurs de développement. J’espère aussi encourager les jeunes générations à croire en leurs rêves, même lorsqu’aucun chemin n’est encore tracé.
Propos recueillis par
Fenitra Rarivoson




