Cela fait longtemps que partir vivre à l’étranger est le fantasme de bon nombre de jeunes malgaches. Ce choix est, pour certains, peut-être, motivé par le goût de l’ailleurs ou simplement la quête d’une meilleure qualité de vie. Pour d’autres, il résulte de l’absence de possibilités de travail dans la Grande île. Les jeunes partent ainsi tenter l’aventure professionnelle ailleurs pour faire progresser leur arrière. C’est le cas de Onja Jeannot Luciano Randriamamonjisoa, de Mialy Sarindra Andriamanga, de Tsiory Hyacinthe et de Nicolas Fanomezantsoa. Ils vivent cette expérience d’expatriation professionnelle. Ils sont partis ailleurs pour chercher d’autres conditions de travail pour un meilleur pouvoir d’achat. Témoignages.
Onja Jean Luciano Randriamamonjisoa

“Je travaille aujourd’hui comme cuisinier en Allemagne, où je vis depuis cinq ans. À mon arrivée ici, j’ai suivi une formation de trois ans en gastronomie. Et je suis, depuis huit mois, officiellement cuisinier. J’étais encore chômeur à Madagascar. Je consacrais l’essentiel de mon temps à l’apprentissage de la langue allemande afin de préparer mon projet d’installation ici. La raison principale qui m’a poussé à chercher du travail à l’étranger était la situation économique du pays. J’étais peu confiant quant à mes perspectives d’avenir à Madagascar. Même avec une formation ou un métier en main, je n’étais pas certain de pouvoir trouver un emploi stable et durable. Le salaire n’a jamais été ma première motivation. Ce que je recherchais avant tout, c’était la stabilité : avoir un travail régulier et mener une vie sereine. Je n’ai jamais travaillé à Madagascar, mais je savais que l’insertion professionnelle y est particulièrement difficile pour les jeunes. Trouver un emploi de qualité reste un véritable défi. Avant de partir, mon principal objectif était d’accéder à une vie plus stable et plus équitable : pouvoir subvenir à mes besoins grâce à un emploi régulier et évoluer dans un environnement offrant de réelles perspectives d’avenir. Mon départ était un choix personnel. Depuis le collège, je nourrissais l’ambition de vivre et de travailler à l’étranger. Si le contexte économique malgache a renforcé cette décision, celle-ci s’inscrivait avant tout dans un projet de vie mûrement réfléchi. Je n’ai jamais idéalisé la vie à l’étranger ni imaginé qu’elle serait facile. Mais j’ai trouvé la stabilité et l’équité que je recherchais. J’ai eu la chance de saisir cette opportunité et d’en bénéficier aujourd’hui. Si Madagascar avait offert davantage de perspectives aux jeunes — un marché du travail plus accessible, des formations mieux valorisées et des rémunérations permettant de vivre dignement — j’aurais probablement envisagé d’y construire mon avenir. L’absence de ces garanties a rendu le départ presque inévitable à mes yeux. Je souhaite revenir un jour à Madagascar, même si je ne sais pas encore quand. Cette décision dépendra autant de mon parcours personnel que de l’évolution de la situation dans le pays. Une chose est certaine : il est indispensable de créer davantage d’emplois pour les jeunes et de mieux valoriser les formations professionnelles. Lorsqu’un jeune entrevoit un avenir dans son propre pays, il n’a pas nécessairement besoin de partir. Aujourd’hui, beaucoup ne voient pas ces perspectives, et c’est ce qui les pousse à chercher leur avenir ailleurs.”
Mialy Sarindra Andriamanga
Je vis en Allemagne depuis novembre 2025. Avant de partir à l’étranger, j’ai travaillé pendant deux ans comme conseillère clientèle. Mon départ à l’étranger était surtout motivé par l’envie de relever un nouveau défi et de construire un meilleur avenir. L’aspect financier n’a pas été totalement déterminant dans cette décision. J’estime que je bénéficiais déjà d’une situation confortable à Madagascar. Malgré la stabilité professionnelle dont je bénéficiais à Madagascar, j’éprouvais le besoin de découvrir d’autres horizons et de me construire une expérience internationale.

À mon arrivée en Allemagne, l’accès à l’emploi s’est révélé plus compliqué, notamment en raison de mon manque d’expérience professionnelle sur place. Après avoir acquis une première expérience et obtenu un premier poste, toutefois, il m’a été beaucoup plus facile d’accéder à de nouvelles opportunités.
J’ai quitté le pays car je souhaitais avant tout sortir de ma zone de confort, découvrir un autre mode de vie et gagner en maturité. Cette expérience devrait également me permettre d’acquérir de nouvelles connaissances, d’élargir mon cercle de rencontres et de développer des compétences utiles pour mon avenir. C’est avant tout un choix personnel.
Les premiers mois étaient particulièrement éprouvants. Je me suis retrouvée seule dans un environnement totalement inconnu. J’ai dû m’adapter à une nouvelle culture, à une nouvelle langue ainsi qu’à de nouvelles habitudes de vie. Parler l’allemand, notamment, représentait une source importante de stress au début. Avec le temps, j’ai gagné en assurance et trouvé mes repères. Pour l’heure, je n’envisage pas de revenir m’installer définitivement à Madagascar. Je souhaite toutefois y retourner de temps en temps, pour les vacances et pour retrouver ma famille.
À mon avis, il serait possible de retenir davantage de travailleurs à Madagascar en améliorant les conditions de travail. Une réduction de l’IRSA (Impôt sur les revenus salariaux et assimilés) constituerait notamment une mesure intéressante. Les entreprises devraient aussi accorder davantage d’opportunités aux jeunes diplômés. Il est fréquent que les offres d’emploi exigent cinq années d’expérience, une condition difficilement réalisable pour des candidats qui viennent tout juste d’achever leurs études.
Tsiory Hyacinthe
Je vis en Turquie depuis plus de dix ans. J’occupe actuellement le poste de responsable commercial régional dans le secteur de l’exportation, avec pour mission le développement et la gestion des marchés africains. J’exerce cette fonction depuis environ cinq ans. J’étais encore étudiant quand j’ai quitté Madagascar. J’effectuais déjà plusieurs stages dans le domaine du management de la qualité à l’époque au pays.
Mon projet initial était simplement de poursuivre mes études à l’étranger. Mais à l’issue de mon cursus, des opportunités professionnelles se sont rapidement présentées, ce qui m’a permis d’intégrer le marché du travail dès la fin de mes études. Le salaire qui m’a été proposé a fait partie des facteurs qui m’ont encouragé à rester en Turquie. Ma principale motivation était toutefois d’évoluer dans le secteur de l’import-export, un domaine qui m’intéressait particulièrement. Je souhaitais également approfondir mes connaissances en gestion des marchés et en conformité aux normes de qualité appliquées aux échanges internationaux. À Madagascar, comme pour de nombreux jeunes diplômés, il aurait été difficile d’intégrer directement ce secteur sans expérience préalable. L’accès à certaines fonctions spécialisées exige souvent plusieurs années d’expérience. À l’époque, mon départ était principalement motivé par des considérations économiques et professionnelles, même si la volonté de relever de nouveaux défis a également joué un rôle important. Je voulais surtout élargir mes compétences, découvrir de nouvelles méthodes de travail et collaborer avec des professionnels issus de différents horizons.
Lorsque je suis arrivé en Turquie, j’ai sous-estimé les défis liés à l’intégration dans un nouvel environnement culturel et linguistique. Cette expérience m’a demandé beaucoup de persévérance, de résilience et de capacité d’adaptation. Je pense que, s’il avait été possible d’intégrer à Madagascar une entreprise internationale offrant de réelles perspectives d’évolution, notamment dans les domaines du management de la qualité ou du commerce international, j’aurais pu choisir d’y rester. Le retour au pays est un projet que j’ai toujours en tête. Mon objectif est de revenir un jour à Madagascar afin de contribuer directement au développement du pays.
Pour retenir davantage de travailleurs à Madagascar, je pense qu’il est essentiel de mieux valoriser les compétences locales et de renforcer l’accès des professionnels malgaches à des postes à responsabilité au sein du secteur privé. Je ne fais pas référence ici aux ONG ni au secteur public, mais bien aux entreprises privées. Accorder davantage de confiance aux talents locaux et leur offrir de réelles perspectives d’évolution contribueraient à limiter l’exode des compétences. Cela permettrait également d’envoyer un signal positif aux jeunes qui intègrent le monde professionnel.
Nicolas Fanomezantsoa
Je suis Assistant store clerck. Cela fait 9 mois maintenant que je travaille ici aux Seychelles.
A Madagascar, j’étais réceptionnaire de garage. J’étais le pont entre le client et les mécaniciens donc. Je gérais l’accueil, planifiais les interventions, rédigeais les devis et supervisais la facturation et la livraison des véhicules. Comme tous travailleurs, je pense que c’est d’abord l’argent qui m’avait poussé à chercher du travail à l’étranger. L’expérience et l’évolution de carrière viennent après. Le salaire, qu’on m’avait proposé ici, était donc déterminant dans le choix de mon poste. A Madagascar, non seulement j’ai eu du mal à trouver du travail mais le salaire n’était pas non plus attractif. Mon départ était donc un choix personnel et une nécessité économique. Ici, la réalité ne correspond pas vraiment à ce que j’imaginais avant de partir. Mais on vit avec, et on s’adapte.
Propos recueillis par
Fenitra Rarivoson




