La confiance en question

La récente passe d’armes à l’Assemblée nationale entre le président de l’institution et l’un de ses vice-présidents aurait pu n’être qu’un échange de plus dans le tumulte habituel de la vie politique. Pourtant, elle révèle un malaise plus profond, la crise de confiance envers les élus.
Il fut un temps où les débats parlementaires suscitaient l’intérêt, parfois même l’admiration. Sous la Troisième République, les élus, quelle que soit leur appartenance politique, engageaient une discussion de fond sur le fonctionnement de l’Etat et les mécanismes de gouvernance. Parmi les préoccupations majeures figurait la nécessité de lutter contre le népotisme et de garantir que les hautes responsabilités publiques soient confiées aux personnes les plus compétentes. L’idée de soumettre certaines nominations à un contrôle parlementaire traduisait cette volonté de placer l’intérêt général au-dessus des intérêts particuliers.
Aujourd’hui, le contexte semble bien différent. Ce n’est pas tant la pertinence de cette revendication historique qui est remise en cause, mais la capacité de ceux qui siègent actuellement à l’Assemblée à l’incarner.
L’échange intervenu récemment à Tsimbazaza illustre le décalage grandissant entre les attentes des citoyens et l’image renvoyée par leurs représentants, en se lançant des piques, le Parlement donne le sentiment de s’éloigner de sa mission première. Les citoyens attendent de leurs élus qu’ils débattent des problèmes qui affectent leur quotidien, qu’ils contrôlent l’action gouvernementale et qu’ils proposent des solutions. Ils attendent moins des joutes verbales que des réponses concrètes.
Le danger est là. Car la défiance envers les élus ne se limite pas à une mauvaise perception de quelques personnalités politiques. Elle finit par fragiliser les institutions elles-mêmes. Lorsqu’une population ne croit plus pleinement en ceux qui la représentent, c’est la légitimité de la représentation démocratique qui s’érode progressivement. Finalement, les députés eux-mêmes justifient à chaque session la revendication de ceux qui demandent la dissolution de l’Assemblée nationale…

Tivo Rasam

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