La question du fédéralisme

Le fédéralisme mérite mieux que les réflexes tribalistes. A chaque fois que la question revient dans le débat politique, les réactions oscillent entre inquiétudes identitaires, lectures historiques douloureuses, et accusations de repli régional ou tribal. Pourtant, réduire ce débat à ces seuls prismes revient à appauvrir une discussion pourtant essentielle sur l’avenir de la gouvernance du pays.
Avant d’être une idéologie, le fédéralisme est d’abord une réponse institutionnelle aux limites du modèle centralisé. Dépendance des collectivités locales vis-à-vis d’Antana­narivo, lenteur administrative chronique, inégalités persistantes entre régions, sentiment d’abandon des périphéries…
Dans ce contexte, les aspirations pour un rapprochement de la décision publique des citoyens, une meilleure valorisation des ressources locales et une adaptation des politiques publiques aux réalités régionales, ne peuvent être balayées d’un revers de main. Ces revendications sont légitimes.
Mais à Madagascar, le débat institutionnel est encore parasité par une lecture identitaire du politique. Parfois, le fédéralisme n’est pas perçu comme un modèle de gouvernance, mais comme un risque de fragmentation ethnique ou de repli communautaire. Cette grille de lecture continue de peser lourdement sur les discussions contemporaines.
Pourtant, elle enferme les partisans du fédéralisme dans une posture de suspicion permanente, comme si toute revendication d’autonomie territoriale dissimulait un projet de division nationale. Elle empêche également de débattre sereinement des alternatives au centralisme, en réduisant toute réforme institutionnelle à une menace pour l’unité nationale.
Or, pour Madagascar, le défi n’est pas de choisir entre unité et autonomie, mais de construire un modèle de gouvernance capable de concilier les deux. C’est pourquoi le débat mérite d’être déplacé. Il ne s’agit plus de savoir si le fédéralisme est « bon » ou « dangereux », mais de déterminer quelles formes d’organisation territoriale peuvent répondre efficacement aux besoins du pays.

Tivo Rasam

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