Le suicide d’une jeune fille de 13 ans, nommée Narovana, survenu au mois de janvier dernier, suscite actuellement une vive polémique sur les réseaux sociaux. Selon ses parents, et plus particulièrement son père, l’adolescente aurait été influencée par le manga « Death Note ». Une procédure de plainte contre les auteurs de cette œuvre japonaise serait même envisagée. Les éditeurs et les mangakas malgaches adressent leurs sincères condoléances à la famille de Narovana et respectent sa douleur face à cette tragédie.
«J’aimerais surtout inviter les parents de Narovana à reconsidérer leur démarche. Il est plutôt temps de réfléchir à des stratégies d’accompagnement des enfants dans leur pratique culturelle», déclare Landry Bonvallet, de la maison d’édition Hay Tsingory, qui s’investit dans la promotion du manga malgache. Comme les comics, le manga est avant tout un style de bande dessinée. Il figure parmi les genres les plus appréciés au monde, aussi bien par les jeunes que par les adultes. «Il y a quelques années, nous avons réalisé une étude de marché de la bande dessinée dans le monde. Le style manga arrivait en deuxième position, juste derrière les BD humoristiques», explique le bédéiste Riri.
Quant à «Death Note», l’œuvre a reçu plusieurs distinctions internationales, dont le Prix culturel Osamu Tezuka et le Manga Taisho au Japon, ainsi que le prix du Meilleur Manga aux Eagle Awards au Royaume-Uni. Elle s’est également écoulée à plus de 30 millions d’exemplaires à travers le monde. «Ce manga ne traite pas du suicide. Il aborde plutôt des questions liées à la justice, à l’éthique et aux droits fondamentaux de l’Homme», souligne l’illustrateur Sedra Faliery, membre de la même communauté de dessinateurs que Narovana. Selon lui, la jeune fille était passionnée par le dessin manga et s’exerçait régulièrement à reproduire l’anatomie humaine afin de perfectionner sa technique.
Un accompagnement nécessaire des jeunes passionnés
Pour Landry Bonvallet, la question centrale reste celle de l’encadrement des jeunes lecteurs. «Chaque livre comporte une classification destinée à orienter le public. Certaines œuvres sont déconseillées aux moins de 12, 16 ou 18 ans, comme c’est le cas de «Death Note». Il est donc essentiel d’accompagner les jeunes dans leurs passions et de mobiliser l’ensemble des acteurs concernés : psychologues, familles, institutions culturelles et éducatives. Dans plusieurs pays, cet accompagnement existe déjà», affirme-t-il. Il met également en garde contre les risques d’une telle plainte. «Nous glissons progressivement vers une forme de censure artistique et une remise en cause de la liberté d’expression», ajoute-t-il.
De son côté, le scénariste Kuro estime que le manga connaît actuellement un véritable essor auprès de la jeunesse malgache et dans le monde. «Certains mangas évoquent des démons ou des univers fantastiques, mais, comme dans les contes malgaches, ils transmettent souvent des messages positifs et des réflexions profondes», explique-t-il.
Le manga n’est d’ailleurs pas un phénomène nouveau à Madagascar. «Rakotomalala figure parmi les pionniers de la bande dessinée malgache. Son ouvrage «Faravodilanitra» porte déjà une influence manga», rappelle Riri. Aujourd’hui, des structures comme la maison d’édition Hay Tsingory choisissent de soutenir les jeunes mangakas malgaches qui valorisent à la fois leur passion et la culture malgache.
Holy Danielle




