La commission d’enquête parlementaire sur la Jirama estime que les difficultés actuelles de la compagnie nationale résultent d’une succession de choix de gestion opérés au fil des années. Présentant hier à Tsimbazaza les premiers résultats de ses investigations, son président, le député Pety Rakotoniaina, a identifié quatre principales causes : le recours aux producteurs privés d’électricité, la fermeture de la raffinerie de Toamasina, l’abandon des projets hydroélectriques et l’absence d’une politique énergétique durable.
Selon Pety Rakotoniaina, les difficultés de la Jirama ne sont pas récentes. Il a rappelé que l’Ordonnance n°98-032 visait initialement à permettre au secteur privé de produire de l’électricité dans les zones non desservies par la compagnie nationale. D’après lui, cette disposition a toutefois été détournée de son objectif à partir de 2004 et 2006, les opérateurs privés intervenant finalement dans des secteurs où la Jirama était déjà implantée.
Le président de la commission a indiqué que ces sociétés privées ont ensuite loué des groupes électrogènes à la Jirama, sans que les modalités des contrats soient suffisamment claires. Selon lui, ce système a entraîné d’importantes pertes financières, certaines installations étant rémunérées alors qu’elles ne fonctionnaient pas ou seulement quelques heures par jour.
Il a ajouté que ces contrats de location se sont progressivement transformés en contrats d’achat d’électricité, sans bénéfice pour la compagnie ni pour les consommateurs. Le député a également évoqué l’existence de liens entre certains anciens responsables et des opérateurs privés, affirmant que des intérêts particuliers ont prévalu sur ceux de la Jirama. «Il y avait une corruption de haut niveau dans la gestion », a-t-il déclaré.
Par ailleurs, la commission considère que la fermeture de la raffinerie de Toamasina après la crise de 2002 a aggravé les difficultés de la compagnie. Cette décision a contraint Madagascar à importer des produits pétroliers raffinés, augmentant les coûts d’approvisionnement de la Jirama. Pety Rakotoniaina a aussi regretté que la politique énergétique ait privilégié les centrales thermiques au détriment de l’hydroélectricité, citant les projets de Volobe et de Sahofika parmi les solutions qui auraient dû être poursuivies.
Enfin, le député a souligné que la dégradation de l’environnement, la déforestation et la baisse des précipitations contribuent également aux difficultés de production. Selon lui, l’accumulation de ces différents facteurs explique la crise que traverse aujourd’hui la Jirama et les délestages récurrents observés dans le pays.
Les auditions de la commission parlementaire se poursuivent à Tsimbazaza afin d’identifier les responsabilités et de formuler des recommandations destinées à améliorer durablement la gestion de la compagnie nationale.
S.A.




