La Concertation nationale de la jeunesse, organisée au CCI Ivato, constitue un vrai test du processus de Refondation. Alors que les représentants des régions devaient exprimer librement les aspirations recueillies auprès des jeunes, une modification inattendue a provoqué des vives contestations, à l’encontre des dispositions prévues dans l’organisation.
Initialement, deux représentants de chaque région devaient prendre la parole pour présenter les opinions et les aspirations des jeunes de leur territoire. Toutefois, cette organisation aurait été modifiée au cours de la réunion, pour limiter les prises de parole. Et comme il fallait s’y attendre, cette situation n’a pas été du goût de l’instance. Après des vifs échanges entre les participants et les organisateurs, les dispositions initiales ont finalement été rétablies.
Cet épisode pose directement la question de la crédibilité de la concertation. Donner la parole aux jeunes suppose qu’ils puissent exprimer leurs accords, leurs réserves et leurs désaccords. Pour dire que, les jeunes ne souhaitent pas faire de la figuration. Ils revendiquent une participation réelle, fondée sur le respect des règles et sur la reconnaissance de la diversité des opinions exprimées dans les régions. Ils ont démontré que la concertation ne pouvait conserver sa légitimité que si elle garantissait l’indépendance de leur parole.
Cette exigence sera également déterminante lors des prochaines étapes de la concertation nationale qui doivent permettre la confrontation des idées, la formulation de propositions et la prise en compte des positions minoritaires.
Avant-goût
Les débats de l’après-midi ont confirmé la diversité des opinions au sein de la jeunesse. La question du système de gouvernance de Madagascar a suscité de vives discussions. Un vote a même eu lieu permettant aux jeunes de choisir entre « Etat unitaire », « Etat fédéral » et « Etat régionalisé ».
L’écart très faible entre l’Etat unitaire (11) et l’Etat fédéral (10) révèle une profonde division sur l’organisation future du pays. Si la concertation demeure un espace de consultation et d’échange, ce débat traduit en revanche les préoccupations des jeunes concernant la centralisation du pouvoir, le développement des collectivités territoriales et la répartition des responsabilités entre l’Etat central et les régions.
Cette division met en lumière les inégalités et les frustrations des jeunes dans plusieurs parties du pays. Toutes les régions ne disposent pas des mêmes infrastructures, des mêmes ressources ni des mêmes possibilités de développement. Les difficultés d’accès à l’emploi, à l’éducation, aux services publics et aux investissements alimentent les interrogations sur l’efficacité de la gouvernance actuelle.
Les tensions observées au CCI Ivato donnent un premier aperçu des difficultés qui pourraient accompagner la future Concertation nationale dirigée par le FFKM. Les questions de représentativité, de liberté d’expression, de gouvernance et de respect des procédures devraient occuper une place centrale dans les prochains débats.
La rencontre de la jeunesse montre déjà que la Refondation ne pourra pas reposer sur un consensus de façade. Les divergences existent entre les régions et entre les différentes catégories de la population. Elles devront être reconnues et débattues ouvertement.
Tivo Rasam




