Après plus de dix ans loin des projecteurs, le peintre Nonoh Ramaro revient avec « Ako », une exposition présentée au Centre de ressources en arts actuels de Madagascar (Craam) à Ankatso, à partir de ce jour jusqu’au 21 août. A travers 19 œuvres, l’artiste fait dialoguer deux univers qui lui sont profondément familiers : le « hiragasy » et la peinture.
«Un espace blanc, puis un trait, des répétitions de traits, puis des formes, des couleurs et des nuances, des compositions, des agencements… et enfin, un tableau », écrit Nonoh Ramaro sur sa page Facebook.
Cette phrase résume presque à elle seule sa démarche artistique. Chez lui, la peinture ne signifie pas uniquement une image figée, mais une succession de gestes qui finissent par susciter des émotions. Pour « Ako », ce mouvement rencontre celui du « hiragasy » et des danseurs traditionnels antandroy.
Ancien danseur et chorégraphe, Nonoh Ramaro est particulièrement sensible au mouvement, au geste et à l’énergie de la scène. Dans ses tableaux, il ne cherche pas à simplement représenter les musiciens, les orateurs ou les danseurs. Il veut aussi restituer l’ambiance de la performance, tels le rythme de la musique, le dynamisme du « kabary », l’harmonie de la « sodina » et l’énergie qui se dégage des chorégraphies.
Le mouvement en couleurs
Cette recherche se retrouve dans son geste pictural. Traits, hachures, éclaboussures et projections traversent les personnages et donnent à ses toiles une impression de mouvement continu. Parfois démultipliées à travers ses traits, les silhouettes semblent capturer les différents instants d’un même geste. La peinture ne reste donc pas figée, elle cherche à prolonger le rythme et le souffle des « mpihira gasy ».
Pour Nonoh Ramaro, la couleur n’est jamais simplement décorative. Elle accompagne le mouvement, traduit une émotion et donne une autre dimension aux scènes représentées. Ainsi, le dialogue se joue aussi dans les nuances. Les ocres, rouges, orangés et tons terre rappellent l’ancrage du « hiragasy » dans le monde rural et le « tanindrazana ». Comme sur les costumes des « mpihira gasy », ils côtoient des bleus, des turquoises et des violets, qui apportent une dimension plus contemporaine aux compositions. Deux univers chromatiques se rencontrent ainsi sur la toile, à l’image de la rencontre entre la tradition et la création contemporaine.
Autodidacte, l’artiste développe depuis plus de trente ans une écriture singulière, nourrie par le dessin, la danse et l’observation. L’huile, l’acrylique ou l’aquarelle deviennent autant de moyens pour faire passer sur la toile ce que le regard seul ne suffit pas à saisir.
Avec « Ako », le peintre ne se contente pas de représenter le « hiragasy ». Il le réinterprète à travers son propre langage plastique. L’art de la scène, éphémère et vivant, le temps d’un instant, trouve ainsi une autre manière de durer. Et sous le pinceau de Nonoh Ramaro, les deux médiums semblent finalement se converger pour faire vibrer le mouvement, le rythme et la couleur.
Holy Danielle




