Solidarité. À peine Toamasina commençait-elle à sécher ses larmes après le passage du cyclone Gezani qu’une nouvelle épreuve s’abat sur la ville. Cette fois, ce n’est ni le vent ni les pluies qui ont semé la désolation, mais les flammes. En une nuit, le marché de Bazar Kely, cœur battant du petit commerce tamatavien, s’est transformé en un immense brasier, laissant derrière lui des ruines, des milliers de familles démunies et, plus tragiquement encore, une vie humaine emportée.
Derrière les chiffres impressionnants, des milliers de kiosques réduits en cendres, des pertes colossales, des années d’efforts anéanties et surtout des visages. Ceux des commerçants qui se lèvent avant l’aube pour gagner leur pain quotidien. Ceux des parents qui comptaient sur les recettes de la journée pour nourrir leurs enfants. En quelques heures, tout un univers s’est effondré.
Le plus douloureux est sans doute le sentiment de déjà-vu. Bazar Kely n’en est pas à son premier incendie. Au fil des années, le marché
a déjà connu plusieurs sinistres majeurs. À chaque fois, la solidarité nationale s’exprime, les promesses se multiplient, les enquêtes sont ouvertes. Puis le temps passe, les blessures cicatrisent tant bien que mal, jusqu’au prochain drame. Cette répétition interroge car ce genre de catastrophe continue de se reproduire.
Il serait pourtant injuste de ne retenir que les images de destruction. Dans les heures les plus sombres, une autre image s’est imposée, celle des habitants accourant avec des seaux d’eau, des pompiers luttant sans relâche, des forces de l’ordre mobilisées et de toute une communauté refusant de céder au découragement.
Mais la solidarité, aussi admirable soit-elle, ne peut être la seule réponse. Elle soigne les blessures de l’instant, sans empêcher qu’elles ne se rouvrent demain. Aujourd’hui, Toamasina mérite plus que de la compassion. Elle mérite un accompagnement concret pour permettre aux commerçants de reprendre rapidement leurs activités et aux familles touchées de retrouver un minimum de stabilité. Car derrière chaque boutique détruite se cache une économie familiale, parfois l’unique source de revenus d’un foyer.
Le marché renaîtra, comme il l’a déjà fait par le passé. La population locale a toujours démontré une remarquable capacité de résilience. Mais cette renaissance ne doit pas signifier un simple retour à la situation d’hier. Elle doit ouvrir la voie à un marché plus sûr, mieux aménagé et mieux protégé.
Rakoto




