Crises politiques : les chercheurs prônent un engagement citoyen

Les crises politiques récurrentes à Madagascar étaient au cœur d’une conférence-débat organisée hier à l’Université d’Antananarivo. Chercheurs, enseignants et étudiants ont analysé les causes profondes de ces instabilités ainsi que le rôle de la jeunesse dans la vie politique.

Pour commencer, les intervenants ont rappelé la responsabilité de l’institution dans la recherche et la réflexion sur les enjeux nationaux. « Si le pays va bien, c’est aussi parce que l’Université va bien ; s’il va mal, nous avons une grande responsabilité », ont-ils souligné.
Lors des échanges, un étudiant est revenu sur la récente concertation des jeunes, s’interrogeant sur la place de la jeunesse dans le contexte politique actuel. Les jeunes sont-ils de véritables acteurs du changement ou sont-ils instrumentalisés par le pouvoir ? L’Etat est-il encore un « Etat prédateur » ?
Pour la professeure Christiane Rafidinarivo, docteure HDR en science politique et chercheure à l’Institut d’Etudes Politiques de Madagascar, les mobilisations des jeunes ne se limitent plus aux revendications politiques. Elles traduisent avant tout une contestation face aux difficultés quotidiennes, notamment les coupures d’eau et d’électricité ainsi que l’appauvrissement de la population.
« Les jeunes se sont levés pour mettre fin à ces crises. Lorsqu’ils réclament de meilleures conditions de vie, leur mobilisation devient naturellement une action politique », a-t-elle expliqué.

Forme de politisation
Selon elle, cette prise de conscience citoyenne constitue une forme de politisation. Elle a également encouragé la nouvelle génération à s’engager directement dans la vie publique sans attendre l’autorisation des responsables politiques.
La chercheure a par ailleurs regretté l’absence d’une véritable évaluation des politiques publiques à Madagascar, estimant que les actions de l’Etat devraient être mesurées par rapport aux objectifs fixés.
Revenant sur l’histoire politique du pays, Christiane Rafidinarivo a rappelé que Madagascar traverse des crises cycliques, survenant en moyenne tous les dix ans. Elle a toutefois relevé que les crises de 1991, 2001 et 2009 ne se sont pas nécessairement accompagnées d’un recul de la croissance économique, contrairement à celle de 2025. Elle a également évoqué les questions de décolonisation, d’indépendance, de souveraineté nationale et l’influence de la mondialisation, rappelant que « la science politique est avant tout une question de rapports de force ».

Approche pluridisciplinaire
De son côté, le Dr Faneva Ratsimba Rajaona, enseignant-chercheur à la Faculté de droit et de science politique, a insisté sur le fait que ces tensions ne surviennent jamais par hasard. Elles résultent d’un ensemble de facteurs économiques, politiques et culturels, d’où la nécessité d’une approche pluridisciplinaire.
Il a également évoqué la fréquence des coups d’Etat sur le continent africain et identifié la capture de l’État comme l’une des principales causes des crises. Selon lui, la concentration du pouvoir entre les mains d’une minorité, la personnalisation excessive du pouvoir et la logique du « tout ou rien », favorisent les changements de régime. Il a enfin mis en garde contre les dérives d’un gouvernement prédateur, caractérisé par une forte concentration des pouvoirs et des ressources.
A travers cette conférence-débat, les intervenantas ont appelé les étudiants à développer leur esprit critique et à s’impliquer davantage dans la réflexion sur l’avenir politique de Madagascar, tout en soulignant que les crises ne peuvent être comprises sans une analyse approfondie de leurs causes structurelles.

N.A

 

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