Marche du 10 août 1991; le tournant d’une crise politique

Trente-cinq ans après, le 10 août 1991 demeure l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire politique malgache. Ce jour-là, une foule menée par le mouvement des Forces vives s’est dirigée vers le palais présidentiel d’Iavoloha pour réclamer un changement de régime. La mobilisation s’est transformée en drame lorsque la garde présidentielle a ouvert le feu sur les manifestants. Le bilan humain, toujours sujet à controverse, se compte en dizaines de morts et de nombreux blessés.

L’événement intervient dans un contexte de forte contestation du régime de Didier Ratsiraka. Depuis plusieurs mois, les Forces vives mobilisaient une importante partie de la population autour de revendications politiques et institutionnelles. Les rassemblements se multipliaient alors sur la place du 13-Mai, devenue le principal centre de la contestation.
Le cortège s’était dirigé alors vers Iavoloha dans le but de remettre aux autorités les revendications du mouvement. A l’approche de la zone sécurisée entourant le palais, la progression des participants avait été stoppée par les forces chargées de la protection du site.
La situation avait alors dégénéré rapidement. Des tirs furent dirigés contre la foule. Le nombre exact des victimes reste difficile à établir. Amnesty International évoquait, dans un rapport publié à l’époque, au moins 30 morts et jusqu’à 130 selon les informations disponibles, ainsi qu’environ 200 blessés. D’autres sources ont avancé des bilans différents.
Au-delà du drame humain, cette journée provoque un choc politique majeur. La répression fragilise davantage le pouvoir de Didier Ratsiraka et accentue son isolement. La crise, déjà profonde, pousse progressivement les différentes forces politiques à rechercher une issue négociée.
Le 31 octobre 1991, la Con­vention de l’Hôtel du Pano­rama est finalement signée entre les principales composantes politiques. Elle organise une nouvelle répartition du pouvoir et ouvre la voie à une période de transition. La Haute Autorité de l’Etat est mise en place, avec le professeur Albert Zafy à sa tête, tandis que Didier Ratsiraka demeure président de la République dans un rôle largement symbolique.
Cette réorganisation con­stitue une étape détermi­nante vers la fin de la deu­xième République. Une nouvelle Constitution sera en­suite adoptée en 1992, avant l’élection d’Albert Zafy à la présidence de la République en 1993, marquant l’installation de la troisième Républi­que.
Trente-cinq ans plus tard, cet épisode reste associé à un moment charnière de l’histoire politique nationale. Il rappelle à la fois l’ampleur de la mobilisation populaire de l’époque, le coût humain de la confrontation et le processus de négociation qui a suivi.
La question de la mé­moire demeure également posée. Alors que les témoignages des participants et des survivants s’effacent progressivement, cet événement continue de faire partie des épisodes nécessaires à la compréhension des grandes transformations politiques ayant conduit Madagascar vers la troisième Républi­que.

S.A.

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