Ampasindava: Madagascar entre dans la bataille géopolitique des terres rares

Considéré jusqu’ici comme un projet minier parmi tant d’autres, le site d’Ampasindava prend désormais une tout autre dimension. Dans le nord-ouest de l’île se joue une partie de la bataille mondiale pour les terres rares, et Washington vient officiellement d’avancer ses pions.

Le 7 août, l’International Development Finance Corporation (DFC), agence américaine de financement du développement, a annoncé son soutien au projet porté par l’entreprise minière britannique Harena Rare Earths. L’agence présente cette opération comme son premier investissement minier à Madagascar et l’inscrit clairement dans la stratégie de Washington visant à sécuriser ses approvisionnements en minerais critiques.
Selon Reuters, Harena a fait état d’un engagement pouvant atteindre 4,84 mil­lions de dollars pour des travaux pilotes, des essais en laboratoire et des programmes environnementaux. Cet investissement reste limité, mais le projet dans son en­semble est estimé à 150 mil­lions de dollars. Cette première intervention pourrait ainsi ouvrir la voie à des financements américains plus importants.

Un sous-sol stratégique
Ce qui attire Washington se trouve dans le sous-sol d’Ampasindava. Le gisement contient du néodyme, du praséodyme, du dysprosium et du terbium. Selon les spécialistes, ces éléments entrent dans la fabrication d’aimants permanents utilisés dans les véhicules électriques, l’électronique, les éoliennes, ainsi que dans certaines technologies militaires de pointe. Harena prévoit à terme une production d’environ 4.000 tonnes d’oxy­des de terres rares par an.
Or, le contrôle de ces ressources fait l’objet d’une intense rivalité mondiale. La Chine conserve en effet une position dominante dans l’extraction et surtout la transformation des terres rares. Pour les États-Unis, développer des sources alternatives est donc devenu un enjeu de sécurité économique et stratégique.
Toujours selon Reuters, les États-Unis veulent accroître leurs investissements en Afrique afin d’accéder aux minerais critiques du continent, et Madagascar occupe une place de choix dans cette perspective. La Grande Île se retrouve ainsi propulsée sur une nouvelle carte géopolitique.

Retombées économiques et défi environnemental
Pour Madagascar, la véritable question sera de savoir quelle part de la valeur créée restera dans le pays. Si l’exploitation se limite à exporter une matière première destinée à être raffinée aux États-Unis ou en Europe, le bénéfice pour la Grande Île pourrait rester essentiellement extractif.
L’entreprise britannique étudie justement des solutions de traitement aux États-Unis et en Europe, citant MP Materials, USA Rare Earths et Solvay parmi ses partenaires potentiels. Cela replace au centre du débat la capacité de Ma­dagascar à négocier des emplois, des recettes fiscales, des infrastructures, du transfert de compétences et, à terme, de la transformation locale.
A cette perspective économique s’ajoute le dossier environnemental. La péninsule d’Ampasindava possède une biodiversité exceptionnelle, et le projet minier suscite depuis plusieurs années des inquiétudes au sein des organisations environnementales et des communautés locales.

Tivo Rasam

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