Soit 67 millions de litres de gasoil. Le navire Sunda One est arrivé ce mercredi 12 août au port de Toamasina. Il transporte le premier chargement de carburant directement importé par l’État pour le compte de la Jirama.
Cette opération vise à sécuriser la production électrique durant la période d’étiage. Ce stock doit alimenter les centrales thermiques de la compagnie nationale pendant six mois, avec pour objectif de garantir la continuité de la fourniture d’électricité sur l’ensemble du territoire.
Le président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, s’est rendu à Toamasina pour réceptionner la cargaison, accompagné de plusieurs responsables institutionnels. Des représentants de la State Procurement of Madagascar (SPM), dont son directeur général Guilot Ramilison, étaient également présents.
Cette importation marque un tournant dans la stratégie nationale d’approvisionnement. L’Etat entend ainsi renforcer sa souveraineté dans le secteur pétrolier tout en diversifiant les circuits d’hydrocarbures. « Cette cargaison constitue une première étape vers notre souveraineté énergétique », a affirmé le chef de l’État, soulignant sa volonté de développer les coopérations interafricaines.
Le président cite notamment le Nigeria comme partenaire potentiel : «Nous devons développer davantage nos relations avec les pays du continent», a-t-il indiqué, rappelant que plusieurs collaborations existent déjà dans ce domaine.
Une baisse espérée des coûts de production
Au-delà de la disponibilité du produit, cette cargaison directe vise à réduire les coûts supportés par la Jirama et à alléger les dépenses publiques liées aux importations. Le directeur général de la compagnie nationale évoque une économie potentielle importante.
Selon les explications fournies, la facture pourrait baisser de 600 à 800 ariary par litre. Une estimation qui reste toutefois tributaire des fluctuations du marché pétrolier international.
Difficultés et tensions logistiques au port
Cette démarche intervient dans un contexte de fortes difficultés financières pour la Jirama. Ce stock de six mois doit offrir une meilleure visibilité et réduire les risques de rupture brute. « Avec ces réserves, la Jirama dispose désormais d’une visibilité sur un semestre », explique Michaël Randrianirina. Il pose néanmoins la question de la gestion future : « Faudra-t-il continuer d’importer ou consommer en priorité ces stocks ? »
Mais l’arrivée du Sunda One provoque également des tensions logistiques au port de Toamasina. Le tanker est arrivé presque simultanément avec le Tormeva, navire qui transporte les produits du programme d’approvisionnement du Groupement pétrolier de Madagascar (GPM).
Le GPM déplore que son navire ne puisse pas être déchargé immédiatement, en raison de la réquisition des capacités du terminal pétrolier. Une mesure qui découle d’un décret ministériel pris le 4 août dernier.
Le groupement privé dénonce une décision appliquée « sans concertation préalable ». Il redoute des surcoûts d’immobilisation (surestaries) ainsi que des perturbations dans la distribution nationale, craignant notamment des tensions d’approvisionnement sur l’essence sans plomb et le pétrole lampant.
Le GPM appelle donc à un dialogue d’urgence entre l’État et les opérateurs privés : « Une concertation préalable aurait permis d’anticiper ces contraintes », estime l’organisation.
De son côté, le gouvernement maintient son cap : la priorité reste la sécurisation de l’électricité durant la période critique de l’étiage. Cette première opération d’importation directe constitue un test grandeur nature pour la nouvelle politique énergétique du pays.
Arh.




