Pas les mêmes priorités

Le gasoil importé du Nigéria pour ravitailler la Jirama est bien arrivé au port de Toamasina. Cette im­portation s’effectue dans le cadre d’un accord de gouvernement à gouvernement et elle a été réalisée par l’intermédiaire du State Procurement of Madagascar (SPM), en­tité habilitée par l’Etat suivant la nouvelle loi sur l’aval pétrolier.
Cette opération qui est le fruit de la coopération entre pays africains marque une nou­velle phase du secteur pétrolier malgache. Effectivement, pendant ces 25 dernières années, l’importation de produits pétro­liers reposait largement sur les opérateurs privés.
Bien entendu, cette initiative de la Prési­dence de la Refon­da­tion n’a pas plu à tout le monde, en particulier le Groupement des pétroliers de Madagascar (GPM) qui dénonce les restrictions imposées par l’Etat concernant l’accès au terminal pét­rolier qui empêcheraient le déchargement de leur cargaison.
Pour le GPM, cette situation pourrait perturber le système d’approvisionnement en place depuis plus de 20 ans et entraîner une baisse des stocks, surtout des autres produits pétroliers. Ainsi, le GPM soulève la question de possibles pénuries ou d’éventuelles difficultés d’approvisionnement.
Mais d’un autre côté, il faut également se rendre compte que cette importation directe de l’Etat leur enlève le pain de la bouche. Effec­tivement, ce sont 67 millions de litres de gasoil qui leurs passent sous le nez sans percevoir le moindre ariary.
Or, il faut savoir qu’il existe un écart con­séquent compris entre 600 et 800 ariary par litre (en fonction de des fluctuations des cours mondiaux) entre le coût du carburant acheté par la Jirama sur son circuit habituel et le prix du carburant directement importé par l’Etat.
Les avantages financiers de l’importation directe sont énormes. En premier lieu, le but de l’Etat est de sécu­riser l’approvisionnement de la Jirama en gasoil pour les 6 prochains mois afin de li­miter les délestages du­rant la période d’étia­ge.
D’aucuns ignorent les problèmes liés aux délestages à répétition. Ce ne sont pas seulement les entreprises
qui en souffrent. Les fréquentes coupures d’électricité ont contribué à alimenter le mé­contentement de la po­pulation. C’est ce que veut également éviter le ré­gime de la Refonda­tion.
Comme on peut le voir, pour les pétroliers, cette initiative de l’Etat va entraîner un important manque à gagner. Par ailleurs, elle risque de bouleverser leur système de stockage. Par contre, pour l’Etat, il s’agit avant tout de sécuriser les réserves de la Jirama pour des raisons que l’on connaît bien. Tout compte fait, les deux parties n’ont pas les mêmes priorités.

Ranaivo Lala Honoré

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