Hary Rabary : « Le propre de l’écriture consiste à se faire entendre »

L’auteure Hary Rabary se fait le porte-voix des victimes de violences sexuelles, à travers son tout premier roman intitulé « #ZaKoa », paru récemment aux éditions Dodo vole. Interview.

* Les Nouvelles : Vous êtes gynécologue-obstétricienne qui exerce dans la ville d’Antsiranana, mais également enseignante vacataire à la faculté de Médecine d’Antsiranana, comment êtes-vous venue à l’écriture ?
– Hary Rabary : Je n’en ai aucune idée. Il me semble que l’écriture et la littérature font toujours partie de ma vie. Probablement parce que je lisais beaucoup et que j’écoutais toutes les histoires radiophoniques qui passaient à Radio nationale malgache (RNM). J’ai commencé en écrivant des contes et des poésies. Les romans, c’était à partir de la classe de 4e. Et l’idée de se faire éditer me travaillait depuis 2009, mais ce n’était qu’en 2019 que j’avais décidé vraiment de publier mes écrits.
* D’où vous est venue l’idée d’écrire ce livre sur le viol?
– Ce thème a trotté dans ma tête depuis pas mal de temps. Ce qui m’a vraiment motivée, c’est le regard étonné d’une de mes étudiantes en maïeutique. Elle avait l’air de ne pas me croire quand j’expliquais pendant un cours que toutes les formes de violences sexuelles, existaient à Madagascar et que le personnel de santé est probablement la première personne que la victime oserait approcher. Il fallait en parler, et raconter ne serait-ce qu’une partie de la souffrance.
* Parlez-nous de Rota, l’héroïne de votre roman.
– Rota est une femme très courageuse. Malgré tout ce qu’elle a enduré, elle a pu se relever et réussir sa vie, avec des plaies qui auront du mal à se refermer. Elle m’a donné l’autorisation de raconter une partie de sa vie et de modifier certains détails pour respecter sa vie privée. Elle dira sans doute aux victimes que la vie n’est pas forcément finie, qu’on peut toujours faire le choix de se relever et de continuer sa route, même si c’est très difficile.
* La vague #MeToo vous a-t-elle aussi aidé à écrire cette histoire ?
– Pour être honnête, je n’avais aucune idée de ce mouvement. Je n’ignorais pas qu’il y avait des mouvements de lutte contre le viol, puisque je participais souvent à des réunions organisées dans ma ville. Mais je ne savais pas qu’il y avait #MeToo. Je n’ai fait des recherches que quand l’éditeur m’avait proposé de changer le titre du roman.
* L’écriture constitue-t-elle pour vous une manière de rendre justice aux victimes ?
– Peut-être pas de rendre justice. Ce serait trop prétentieux. La majorité des crimes sexuels à Madagascar, resteront impunis, car la majorité ne se sauront jamais, par honte de la victime, par pression familiale, ou pour une tout autre raison. L’écriture, c’est un moyen juste de se faire entendre. C’est aussi pour redonner de l’espoir aux victimes dans la mesure où Rota est un personnage qui existait en vrai. Elle nous fera certainement signe quand elle aura le courage de parler de son parcours de combattante elle-même.

Recueillis par Joachin Michaël

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