Dans cet entretien inédit, le Président du Conseil d’Administration de la Fondation pour les Aires protégées et la Biodiversité de Madagascar (FAPBM) affiche son optimisme pour cette année, et dresse un bilan des activités de 2023, sans oublier de soulever les défis.
Les Nouvelles : Quelles sont les actions menées par la FAPBM pour les aires protégées à Madagascar ?
La FAPBM vise à promouvoir la bonne gestion au sein du système des aires protégées de Madagascar, en contribuant au financement, à la conservation de la biodiversité, au maintien des services écosystémiques, à l’amélioration du bien-être humain et à la lutte contre le changement climatique.
Nous pouvons catégoriser les actions menées en quatre groupes : d’abord, le renforcement du financement de la gestion des aires protégés. Cela comprend le réseau Madagascar National Parks, mais aussi celles qu’on appelle généralement les Nouvelles Aires Protégées. Par ailleurs, la FABPM multiplie ses efforts de levée de fonds afin d’accroître son capital qui va générer des revenus à travers des placements à l’étranger. La FAPBM promeut également le plaidoyer en faveur des aires protégées à différents niveaux, notamment le gouvernement et les bailleurs de fonds. Enfin, nous effectuons également un suivi des impacts environnementaux, socio- économiques touchant la population locale vivant aux environs des aires protégées, et des impacts au niveau de la gouvernance.
Pouvez-vous expliquer le mécanisme de financement ? Qui sont les donateurs ou contributeurs ?
Nous avons deux mécanismes. D’une part, nous avons le fonds de dotation. Nous l’investissons et en tirons des revenus. Il s’agit de notre source de financement la plus importante. D’autre part, nous recevons des fonds pour financer directement des projets.
Initialement, le capital de la FAPBM a été constitué par le Gouvernement Malagasy, Conservation International et le WWF. Actuellement, plusieurs bailleurs comptent parmi les contributeurs, dont les plus grands sont la KFW-Coopération allemande et le Gouvernement Français à travers l’Agence Française de Développement. La KFW et l’AFD représentent à peu près 80 % du capital aujourd’hui. A côté, nous notons la contribution de la Banque Mondiale et de particuliers. Les sources de financement sont donc assez diversifiées.
Pour en revenir aux projets que nous finançons, je voudrais mentionner un projet destiné à renforcer et étendre le réseau d’aires marines protégées à Madagascar. Celui-ci est financé par le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM). Nous finançons aussi un projet de conservation des forêts de baobabs du Menabe grâce à la Fondation danoise Hempel. Nous démarrons enfin un projet de renforcement de capacités pour les gestionnaires des aires protégées. A travers ces financements, nous visons des impacts tangibles.
Parallèlement, à Madagascar, nous essaierons de mobiliser le financement du secteur privé pour des projets qui répondent à leurs objectifs de responsabilité sociale et environnementale.

Qui sont généralement les bénéficiaires de vos fonds ?
Pour les fonds issus des revenus du capital, les bénéficiaires sont essentiellement les gestionnaires d’aires protégées. Chaque année, ils reçoivent une subvention annuelle pour financer la gestion des aires protégées. Nous avons aussi les fonds spéciaux qui répondent à des besoins spécifiques : d’abord, le Fonds d’intervention spéciale destiné à financer directement les actions urgentes sur le terrain telles que celles menées en cas de ruées minières dans une aire protégée, ou de feux contre lesquels nous avons aussi un Fonds d’Urgence. Enfin, le Fonds de renforcement de capacités des aires protégées est destiné à aider les gestionnaires à développer des outils de gestion.
Pouvez-vous dresser un bilan de 2023 ?
D’un point de vue global, 2023 a été une année intense et positive pour la FAPBM.
Nous notons un grand bond sur l’accroissement du capital qui est passé à 151 millions de dollars grâce à un apport significatif de la KFW (Ndlr : 10 millions d’euros en 2023). D’autres contributions pour le capital sont attendues en 2024.
Au total, 64 aires protégées d’une superficie d’environ 5.286.000 hectares ont bénéficié de financements en 2023. Cela représente 4.428.000 USD, soit environ 17,9 milliards d’ariary. Parmi ces aires protégées financées, nous dénombrons 15 nouveaux sites par rapport à 2022, soit une augmentation de 43%. Le mécanisme Fonds d’Urgence présenté plus haut a eu du succès, notamment à Menabe Antimena où une diminution importante du nombre de points de feux a été constaté. En 2024, nous finançons 70 aires protégées.
L’engagement du secteur privé est un nouveau point important, à l’instar de la BNI Madagascar qui finance un projet à hauteur de 50 millions d’ariary. Il s’agit de la restauration de 62 hectares de zones dégradées, pour planter environ 45.000 jeunes plants d’espèces autochtones à Maromizaha.
Y a-t-il des difficultés particulières rencontrées sur le terrain ?
L’un des plus grands défis au niveau des aires protégés est la maîtrise des pressions, incluant essentiellement les feux, le braconnage, les trafics d’animaux sauvages, les prélèvements illicites de bois précieux et l’exploitation milière.
Chaque année, beaucoup de forêts brûlent et les aires protégées figurent toujours parmi les victimes. Or, ces aires protégées abritent une biodiversité importante et fournissent les services écosystémiques essentiels pour la vie socio-économique de la région concernée. C’est pour faire face à toutes ces pressions qu’il y a nécessité de renforcer la mobilisation des fonds, et d’appuyer ces gestionnaires d’aires protégées et les populations locales environnantes.
Quelles sont les grands chantiers pour cette année ?
Nous avons développé un plan stratégique avec des indicateurs à atteindre en termes environnemental, socio-économique et de gouvernance.
Pour faire face efficacement aux pressions, nous devons accroître nos efforts de levée de fonds, renforcer la gestion des aires protégées, et obtenir davantage de soutien politique à travers les plaidoyers. Nous avons ainsi initié la mise en place de la Coalition pour les aires protégées de Madagascar regroupant les gestionnaires des aires protégées afin de pousser l’agenda de la protection de la biodiversité à Madagascar.
Nous ambitionnons enfin d’augmenter davantage le capital. De nouveaux bailleurs sont en vue. Nous visons dans ce cadre de développer des partenariats avec d’autres fondations à l’étranger.
Comment faites-vous pour choisir les aires protégées qui bénéficient d’un soutien ?
Des critères sont répertoriés dans un manuel de priorisation. Nous avons mené une analyse plus approfondie et les critères en question se sont précisés.
Ce manuel de priorisation est actuellement mis à jour pour prendre en compte les paramètres tels que la biodiversité et l’habitat, la fourniture de services écosystémiques – comme par exemple le rôle de la forêt en termes de séquestration carbone et de purification de l’air – , la résilience des aires protégées face aux changements climatiques, et les critères liés au bien-être humain.
Comment se passent vos rapports avec l’Etat ?
Le ministère de l’Environnement et du Développement Durable (MEDD) est l’un des fondateurs de la FAPBM. Le MEDD et le ministère de l’Economie et des Finances (MEF) sont deux partenaires clés au sein du gouvernement. Nous collaborons étroitement avec eux. Nous essayons de consolider les relations et de développer ce partenariat. Un représentant du MEDD siège d’ailleurs régulièrement au Conseil d’administration. Quant à la FAPBM, elle mène ses actions en s’alignant par rapport à la Politique Générale de l’Etat et aux stratégies nationales ainsi qu’aux conventions internationales.
Le MEDD considère enfin la FAPBM comme un outil clé dans le financement des aires protégées.
Quel message souhaiteriez-vous faire passer ?
Le gouvernement joue un rôle clé pour promouvoir l’intersectorialité. Les problématiques environnementales ne se traitent pas uniquement au niveau du secteur environnement mais doivent intégrer d’autres secteurs comme l’agriculture, l’élevage, la pêche, le tourisme, les infrastructures, le foncier et l’aménagement du territoire, la sécurité et bien d’autres. Enfin, l’Etat devrait prendre une part beaucoup plus importante au financement des aires protégées à Madagascar.
Tiana Ramanoelina




