Pour faire tourner la machine

Pour exprimer leur désapprobation à l’égard du nouveau statut de l’entreprise, les employés de la Jirama réunis autour de leur collectif syndical brandissent la menace de grève générale à travers tout le pays. Comme toujours, c’est la population qui va en être victime.
D’ailleurs, cette po­pulation commence à être habituée à cette situation avec les délestages à répétition qui surviennent depuis quelques semaines. Au­trement dit, un black-out général ne changera pas tellement de choses, vu les conditions dans lesquelles elle vit en matière de fourniture d’eau et d’électricité.
Les usagers ne manqueront pas de remarquer que les employés se décident enfin à réagir quand ce sont leurs propres intérêts sont touchés. Aupara­vant, ils faisaient la sourde oreille malgré toutes les réclamations des usagers : coupure d’électricité sans prévenir, factures exorbitantes, des relevés faussés …
Et ce n’est pas la qualité de ses prestations qui distingue la compagnie nationale d’eau et d’électricité. On peut pointer du doigt une qualité de service défaillante, ne serait qu’à travers les longues files d’attente des usagers pour payer leur facture respective.
Le comble est que la Jirama ne fait jamais aucun effort pour alléger tous ces désagréments
ne serait-ce, entre autres, qu’en ajoutant d’autres guichets de paiement pendant les périodes de haute affluence. Ainsi, quand les employés de la Jirama parlent de « servir le peuple », cela sonne faux.
Pendant tout ce temps, ils se sont tus pour ne pas compromettre les avantages qu’ils bénéficiaient (eau et électricité plus ou moins gratuite) par rapport à la grande majorité de la population. Cer­tains employés abusent même de cette situation en allant jusqu’à faire de la sous-traitance.
Quand on ajoute à tous ces abus les nombreuses malversations qui se sont déroulées au sein de l’entreprise (dé­tournement de camions citerne récemment dé­noncés par le Président de la République, distribution de primes mirobolantes…), on com­prend plus facilement pourquoi la Jirama se trouve dans la situation dans laquelle elle est aujourd’hui.
Il est temps qu’on dise tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : Les prestations de la Jirama n’ont jamais été satisfaisantes. La Jirama a toujours profité de sa situation de monopole. Et ses employés, bien conscients de cette situation, se comportent bien trop souvent sans la moindre compréhension ni complaisance pour la population qui fournit le gros de ses usagers.
Pourtant, à vrai dire, ce sont ces derniers, par le biais du paiement des factures, qui font vivre la Jirama. Mais il faut se rendre à l’évidence : les soucis des usagers constituent le moindre souci de la Jirama. Tout ce qui importe est qu’ils paient leurs factures.
Dans ces conditions, quant aux chances de réussite d’une éventuelle grève générale qui ne bénéficiera pas de l’appui de la population, encore faut-il savoir si cela peut réussir ou non. De toutes les façons, l’Etat peut toujours y remédier en procédant à la réquisition de tous ceux qui sont nécessaires pour faire tourner la machine.

Aimé Andrianina

Partager sur: