Enfin une réaction ! Celle que beaucoup attendaient, mais que peu espéraient vraiment. Le ministre de la Santé publique s’est exprimé à la suite du drame d’Ambohimalaza, qui a coûté la vie à plusieurs dizaines de personnes dans des circonstances encore troubles, en rappelant à l’ordre les professionnels de santé, du moins ceux qui se sentent concernés. C’est sans doute un soulagement pour certaines familles des malades, trop longtemps confrontés à des comportements qu’ils jugent froids, inhumains, voire méprisants dans nos structures de soins. Mais c’est aussi, pour d’autres, une piqûre de rappel qui arrive un peu tard.
Il faut le dire franchement, l’affaire d’Ambohimalaza a agi comme un révélateur. Empoisonnement ou pas, ce n’est pas seulement une crise sanitaire, c’est aussi une crise de confiance entre patients et soignants. Les témoignages de familles bouleversées, comme celui de la mère de Nombana, ont choqué. Et que dire de cette phrase surréaliste entendue dans une interview officielle la semaine dernière émanant d’une responsable de haut niveau : «Je ne veux pas savoir ce qu’il y avait dans ce qu’ils ont mangé». Voilà une phrase qui a coûté son poste à la directrice de la veille sanitaire lors d’un conseil des ministres spécial, et à juste titre.
Mais s’arrêter à la sanction serait trop simple. Car derrière les blouses blanches, il y a aussi des femmes et des hommes souvent en première ligne, épuisés et peu soutenus. Des internautes l’ont dit avec justesse le fait que «L’empathie ne remplace pas l’oxygène» et que «La bonne volonté ne guérit pas quand il manque les médicaments, les lits, le personnel». Autrement dit, le manque d’humanité est condamnable, mais les conditions dans lesquelles exercent les soignants malgaches le sont tout autant.
Et si on cessait d’opposer les deux ? Oui, on a besoin de soignants humains, respectueux, compréhensifs. Mais on a aussi le devoir de leur offrir les moyens de leur mission. Du matériel, des formations ou encore du soutien psychologique. Et pour cause, trop souvent, c’est dans l’urgence, sans préparation qu’ils doivent agir. Et dans ces conditions, même le plus compatissant peut finir par exploser. Et pourtant, ce n’est pas une fatalité car il est temps d’investir dans la santé autrement qu’en paroles. Il est temps que les hôpitaux soient plus que des bâtiments et des lieux de soin au sens plein, avec du matériel, de la compétence et de l’humanité.
En tout cas, le ministre a ouvert une porte et c’est bien ; il appartient à chacun de prendre ses responsabilités, à condition de ne pas tomber juste dans l’émotion passagère. Il s’agit d’un sursaut pour une bonne relation entre les soignants et les patients sur de meilleures bases. Car au fond, on ne demande pas la lune. Juste un système de santé qui soigne… sans blesser davantage.
Rakoto




