Mercredi des idées en goguette: l’éternel recommencement

C’est étonnant mais il y a des trous qu’on ne comble jamais vraiment. Dans la capitale, le scénario est tristement familier avec les routes qui sont réhabilitées à la hâte et quel­ques semaines de répit s’installent, puis les nids de poule refont surface aux mêmes en­droits. Cette spirale absurde, où chaque saison de pluie semble ba­layer les traces des travaux antérieurs, et ce sera d’ailleurs bientôt le cas. Et pourquoi les routes de la capitale ne tiennent-elles jamais ?

La dernière vague de réhabilitation me­née tambour battant avant le sommet de la Commission de l’Océan Indien (COI) en avril dernier avait redonné un semblant de fierté à la ville. Des chaussées lissées, des voies dégagées et des engins en action de jour comme de nuit. L’opération avait des airs de grands travaux avec la solennité des grands événements in­ternationaux. Mais à pei­ne quelques mois plus tard, la réalité a repris le dessus. Les trous sont de retour et bien évidemment la lassitude des usagers.

Ce constat est accablant car il est aussi révélateur d’un manque de rigueur dans le suivi des travaux, et peut-être, il faut oser le dire, de contrats publics négociés avec les entreprises con­cernées. Car comment expliquer que certaines routes réhabilitées il y a quelques mois soient déjà à refaire ? Comment justifier que les travaux, pourtant récents, ne ré­sistent même pas à une saison sèche ? Qu’en est-il des normes et des en­gagements des entreprises prestataires ? Et surtout, où est la redevabilité des services de la Com­mune ou du ministère des Travaux publics ?

Aujourd’hui, les habitants ne s’étonnent mê­me plus de voir réapparaître les trous. C’est de­venu un cycle banal. Pourtant, chaque nid-de-poule est un danger que ce soit pour le transport public ou pour les piétons. Derrière une chaussée dégradée, il y a des ris­ques d’accidents, des pertes économiques, des retards quotidiens, et surtout une image de laisser-aller.

Alors que des équipes techniques sont à l’œuvre sur certains axes, comme Tsimbazaza-Ankadi­lala­na ou Befelatanana, la population reste scepti­que. On aimerait croire à un vrai renouveau. Mais la confiance ne peut re­naître que si les réha­bilitations résistent à l’épreuve du temps.

La réfection des routes n’est pas un luxe, encore moins un artifice de communication. C’est un droit pour les usagers et un devoir pour les res­ponsables étatiques et une obligation contractuelle pour les entreprises en charge des travaux. Il est temps d’en finir avec le provisoire éternel.

Cela étant, il est grand temps que la logique du coup de com cède la place à une stratégie d’en­tretien plus durable des routes. Antananarivo mé­rite mieux que du bitume refaite à la va-vite à la veille des grands sommets, comme la SADC prochainement. La capitale d’un pays ne peut se contenter de rafistolages qui tiennent à peine quel­ques jours. Les réhabilitations doivent passer par des contrôles indépen­dants et une sanction clai­re en cas de non-respect des engagements.

Rakoto

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