Tout est bon à prendre

Par presse interposée, l’Ambassadeur de République populaire de Chine à Madagascar a répondu à son homologue de l’Union européenne. L’objet de cette « joute » véhiculée par la presse écrite portait sans au­cun doute sur les critiques à peine voilées avancées par l’Ambas­sadeur européen con­cernant la dotation de véhicules de luxe accordée par la Chine à Ma­dagascar dans le cadre du prochain Sommet de la SADC.
Ainsi, selon l’Am­bas­sadeur européen, l’Union européenne pri­vilégierait une aide « uti­­le et durable », ce qui qualifierait cette dotation de véhicules de luxe de la part de la Chi­ne de futile. En réponse, l’Ambassadeur de Pékin a déclaré que la politique de coopération chinoise est « dé­nuée de toute condition », sans rien attendre en retour, donc une assistance aux « effets immédiats et concrets » et qui ce ne serait pas toujours le cas pour d’autres assistances.
Il est vrai que certaines formes actuelles d’assistance étrangère sont assorties de conditions qui mettent le pays bénéficiaire dans des situations défavorables. Dans de tels cas, on pense toujours que le principal est qu’on obtienne ces aides au point d’en faire une priorité. Malheureuse­ment, cette assistance peut être fondée sur le non-respect de l’autre et/ou la soumission.
Dans tous les cas, on peut bien constater qu’il est de bonne guerre que chaque partenaire étranger de Madagascar cherche toujours à se faire mieux valoir par rapport aux autres. Mais qu’on le veuille ou non, le monde est en train de bouger, de changer. Les périodes de domination violente ma­térialisées par les pilla­ges directs des richesses sous le prétexte d’un prétendu progrès sont révolues.
Mais toujours est-il que d’autres formes de domination et d’exploitation bien plus subtiles sont mises en œuvre. Bien qu’elles soient plus perfectionnées, personne n’est dupe. Une coopération, une aide quelle qu’elle soit, qu’elle soit régionale ou internationale, n’est jamais tota­lement désintéressée. Chaque partie dans le cadre de cette coopération, aura pour objectif, par tous les moyens, d’en tirer le maximum de profit.
Et même le concept de coopération « win-win » (gagnant-gagnant) doit être aujourd’hui dé­passé car il ne reflète pas toujours la vérité des choses. En réalité, cela peut se traduire par un partage totalement iné­gal des profits où l’une des parties accapare la très grosse part. Et encore, quand on parle de partage de production. Les grands contrats mi­niers sont à classer dans cette catégorie. Ce qui
ne devrait plus être accep­té.
Un véritable concept d’aide et de coopération doit se baser sur une doctrine de non-ingérence dans les affaires internes d’un pays et une coopération véritablement fondée sur le respect mu­tuel. Et en corollaire, quoi qu’on en pense, du moment qu’une aide ou une coo­pération extérieure ne porte pas atteinte à la souveraineté du pays, tout est bon à prendre.

Aimé Andrianina

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