Mercredi des idées en goguette: Il y a anguille sous roche

Sur la toile, le débat s’enflamme autour de ceux qui se proclament membres de la génération Z. Ces jeunes, nés dans un monde numérique et donc très actifs sur les réseaux sociaux, semblent prêts à descendre demain sur Am­bohijatovo pour protester contre le délestage électrique et les coupures d’eau. D’un côté, ils peuvent se targuer d’incarner l’énergie et l’envie d’agir ; de l’autre, ils se confrontent aussi à une autre génération, plus prudente, qui a déjà vécu des manifestations et en connaît les conséquences. Ces derniers choisissent de ne pas céder à la « tendance du moment », préférant la patience et la réflexion car la précipitation peut coûter cher.
Mais au-delà du débat sur la légitimité de la contestation, il faut se méfier des arrière-plans parfois obscurs. Car là où il y a de l’agitation, il y a souvent ceux qui en profitent. En marge de la politique locale depuis plusieurs années, certains exilés politiques saisissent chaque occasion pour se faire enten­dre sur les réseaux so­ciaux. L’initiative des jeunes n’échappe pas à cette règle car ce qui semblait être une mobilisation spontanée est ra­pidement récupéré par des intérêts plus larges.
Il suffit de rappeler que cette manifestation avait été initialement lancée par deux conseillers mu­ni­cipaux, aujourd’hui dis­parus, laissant la pla­ce aux élus de l’opposition. Il y a clairement anguille sous roche.

Le message n’est pas de critiquer la jeunesse, loin de là. Les jeunes ont toujours été moteurs de changement. Mais il s’agit ici de rappeler que parfois, les causes justes peuvent être instrumentalisées par ceux dont l’intérêt premier est de revenir au pouvoir ou de se faire remarquer. Les combats ne sont pas toujours ur­gents au point de mettre sa sécurité en jeu, et certaines batailles peuvent attendre. Il ne s’agit pas de renoncer à agir mais de réfléchir à la finalité.

La génération Z doit comprendre que l’enthou­­­siasme et la fougue, bien qu’essentiels, doivent s’accompagner de discernement. D’autant plus que l’histoire nous montre que derrière chaque mou­vement de masse, il y a ceux qui le font vraiment et ceux qui en profitent. Napoléon l’avait bien résumé : « Dans les révolutions, il y a deux sortes de gens : ceux qui les font et ceux qui en pro­fitent ». Ces mots résonnent particulièrement aujourd’hui, alors que le numérique a multiplié les voix mais aussi les opportunités de manipulation.

Cela étant, les réseaux sociaux offrent une puissance inédite mais cette puissance doit être accom­pagnée de responsabilité. Chaque action entraîne ses conséquences, et parfois, la patience et la stratégie valent mieux que l’impulsivité.

Rakoto

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