Madagascar face à la suspension de l’Agoa : le textile en zone de turbulences

Le gouvernement malgache et le Groupement des Entreprises Franches et Partenaires (GEFP) ont confirmé que Madagascar ne bénéficie plus, pour l’instant, des avantages de l’African Growth and Opportunity Act (Agoa). En cause, le blocage budgétaire à Washington, qui a empêché la reconduction de ce régime préférentiel par le Congrès américain.

Les Etats-Unis sont entrés depuis mercredi dans une situation de “shutdown”. Conséquence immédiate sur l’Agoa, faute d’une décision de prolongation de celui-ci, les exportations malgaches à cette destination sont désormais soumises aux tarifs douaniers ordinaires, fixés à 15% pour le textile.

Les autorités malgaches rappellent cependant qu’une extension rétroactive reste possible une fois la crise institutionnelle américaine surmontée. Dans ce cas, les opérateurs pourraient obtenir un remboursement des taxes payées. Mais en attendant, le gouvernement appelle les entreprises exportatrices à la prudence et à la patience, tout en suivant de près l’évolution de la situation.

Le textile, principal pilier des exportations
Le secteur le plus touché par cette suspension est sans conteste le textile, colonne vertébrale des zones franches malgaches. En effet, sur les 53 entreprises franches qui exportent vers les États-Unis, la majorité œuvre dans ce domaine. A elles seules, elles génèrent entre 85.000 et 90.000 emplois directs. Au mois d’avril de cette année, le GEFP estime qu’environ 60.000 postes pourraient être menacés si les conditions préférentielles de l’Agoa ne sont pas rapidement rétablies.

Déjà à l’issue de l’annonce de l’administration Trump, certains clients internationaux ont aussitôt réduit leurs commandes. D’autres ont différé les livraisons ou commencé à chercher des fournisseurs alternatifs dans d’autres pays bénéficiant encore d’accords préférentiels. Cette incertitude pèse sur la stabilité d’un secteur qui constitue l’un des principaux pourvoyeurs d’emplois formels à Madagascar.

Des résultats encourageants avant le blocage
Jusqu’ici, l’Agoa avait permis à Madagascar de regagner une place notable sur le marché américain. Après la crise du Covid-19, les exportations malgaches affichaient une tendance haussière, à l’exception de l’année 2023, marquée par une baisse de 18%. Malgré ce repli, la valeur totale des exportations sous Agoa avait atteint 201 millions de dollars.

Le début de l’année suivante montrait une reprise solide : dès le premier mois, Madagascar avait expédié pour 28 millions de dollars de textile, contre 15 millions l’année précédente sur la même période. Ces chiffres démontraient combien l’accès préférentiel au marché américain représentait un atout majeur pour la compétitivité de la filière.

Le poids d’une taxation de 15%
Avec la suspension de l’Agoa, le textile malgache est désormais taxé à 15% à l’entrée du marché américain. Ce pourcentage peut sembler modeste en valeur absolue, mais dans un secteur où les marges sont étroites, il constitue un fardeau significatif.

Cette perte d’avantage tarifaire remet en cause la compétitivité des produits malgaches face aux concurrents d’Asie et d’Afrique qui bénéficient encore de régimes préférentiels. Pour des entreprises habituées à fonctionner avec de faibles marges, chaque pourcentage de taxe supplémentaire peut fragiliser la viabilité de leurs contrats à l’international.

Un excédent commercial menacé
En 2023, Madagascar avait exporté pour 733 millions de dollars vers les Etats-Unis, contre seulement 53 millions d’importations en provenance de ce pays. Cet excédent, largement tiré par le textile, pourrait se réduire si la hausse des coûts douaniers entraîne un recul des commandes. Avec plus de 50% des exportations vers les États-Unis reposant sur le textile, la vulnérabilité du secteur est manifeste.

Diversification et alternatives
Face à cette situation, les autorités malgaches encouragent la diversification des marchés. L’Union européenne reste le premier partenaire commercial du pays. Grâce à l’Accord de Partenariat Économique (APE) et à l’initiative “Tout sauf les armes”, Madagascar continue d’exporter vers l’Europe sans droits de douane ni quotas.

Les exportations vers l’UE couvrent plusieurs segments : textile (30%), produits agricoles (29,5%), produits industriels (25%) et produits halieutiques (15%). Ce socle offre une sécurité relative, mais ne compense pas totalement la perte de compétitivité sur le marché américain.

Préserver l’emploi et la compétitivité
Pour le GEFP, l’enjeu majeur reste la préservation des emplois. La suspension de l’Agoa survient dans un contexte délicat, alors que le secteur avait amorcé une reprise encourageante. Le risque de chômage technique, de licenciements et de gel des recrutements est désormais bien réel.

La suspension met ainsi en lumière la vulnérabilité structurelle du textile malgache. Secteur vital pour l’économie et l’emploi, il dépend fortement des accords commerciaux internationaux. Les prochaines semaines seront cruciales pour savoir si Madagascar pourra maintenir sa compétitivité et éviter une crise sociale dans cette filière stratégique.

Tiana R.

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