Reprise d’activités: des entreprises entre crainte et espoir

Après les pillages, certaines entreprises tentent difficilement de se relever. Beaucoup hésitent à relancer leurs activités. La perspective d’une nouvelle attaque, encore plus dévastatrice que la première, pèse lourdement sur leurs décisions. Comment envisagent-elles l’avenir ? Témoignages.

“Le jeudi 26 septembre, lorsque les employés ont appris le pillage de notre immeuble, beaucoup ont éclaté en sanglots. Ce sont des personnes profondément attachées à leur travail, qui se sont investies corps et âme dans leur entreprise, et voir tous leurs efforts réduits à néant en un instant a été déchirant”, confie la directrice administrative et financière d’une société à Antananarivo. Elle préfère garder l’anonymat, mais précise qu’elle gère un grand immeuble en plein centre-ville. Dans ce bâtiment, tout a été ravagé : banques, boutiques, salon de beauté, salle de sport, garderie, restaurants… rien n’a été épargné. “Les assaillants ont même tenté d’y mettre le feu. Ce sont les riverains qui les ont suppliés d’y renoncer, car tout le quartier aurait pu partir en fumée. C’est ce qui nous a sauvés”, ajoute-t-elle.

Après le constat, ce sont surtout les pertes matérielles et financières qui pèsent lourdement. Aucune perte humaine n’est à déplorer : par mesure de précaution, les entreprises avaient décidé de ne pas ouvrir leurs bureaux ce jeudi-là. “Tous les coffres ont été emportés. Nos pertes financières pourraient atteindre plusieurs milliers de dollars”, confie un responsable. Quant aux équipements trop lourds pour être volés, ils ont été détruits. Face à l’ampleur des dégâts, les sociétés n’ont eu d’autre choix que de placer leurs employés en chômage technique. “Il faudra renouveler entièrement le matériel avant de pouvoir redémarrer. Ce chômage technique n’est que temporaire, mais il reste très difficile à vivre pour les salariés”, ajoute-t-il.

Pour la plupart des entreprises, la relance s’annonce semée d’embûches. “Si nous reprenons aujourd’hui nos activités, rachetons du matériel et recommençons, qu’est-ce qui nous garantit une véritable sécurité ? Une nouvelle chute serait encore plus douloureuse que la première”, s’inquiète un responsable. Dans une autre société, qui exploite à la fois un salon de sport et un restaurant, le ton est plus optimiste. “Nous recevons de nombreux appels de clients et de partenaires qui nous demandent quand notre salle de sport rouvrira. Après avoir été contraints de rester enfermés chez eux, les gens cherchent des lieux de détente dans la capitale. Pour nous, c’est une opportunité. Nous allons rouvrir la salle et le restaurant. Je crois même que c’est une bonne idée, car les gens ont besoin de se déstresser”, affirme son gérant.

En attendant, la solidarité apparaît comme la meilleure issue. Certaines entreprises ont choisi de reporter le paiement des loyers, le temps que chaque locataire puisse relancer ses activités. D’autres optent pour une restructuration interne afin de préserver tous les emplois et éviter des licenciements. “Nous devons montrer l’exemple pour encourager les autres à ne pas céder au découragement. Si nous nous relevons ensemble et restons solidaires, d’autres suivront, et nous espérons ainsi relancer nos activités au plus vite”, souligne un responsable.

Nambinina

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