Et donc, tout est bien qui finit bien… ou allons-nous plutôt faire un saut dans l’inconnu ? Seul l’avenir nous le dira, quand le chemin sera un peu plus clair. Il faut reconnaître que la journée d’hier a été particulièrement mouvementée. Entre les communications successives de la Présidence, les annonces tonitruantes des militaires du Capsat sur la prise de pouvoir, et la décision de la Haute Cour constitutionnelle de constater les vacances à la tête de l’État, les événements se sont enchaînés à un rythme effréné.
Si les deux dernières annonces s’accordent sur le constat d’un vide institutionnel au sommet de l’État, le fonctionnement des autres organes reste, lui, enveloppé d’incertitudes. Le Sénat ? Dissout. Le gouvernement ? Dissout. La HCC ? Dissoute. Bref, c’est une partie d’échecs dont certaines pièces semblent avoir disparu du plateau. Gageons que les jours à venir apporteront un peu plus de lisibilité dans ce brouillard politique.
Comme toujours en pareille circonstance, les réactions se divisent. Il y a ceux qui voient dans cette prise de pouvoir militaire une opportunité, une sorte de « remise à zéro » bienvenue après des semaines de blocage. Les opposants de longue date ne cachent pas leur satisfaction car pour eux, c’est la fin d’un cycle. D’autres, plus jeunes, notamment cette fameuse « Gen Z » qui a animé les mouvements de rue, revendiquent fièrement leur rôle dans ce tournant historique. L’euphorie du moment les pousse à croire en un renouveau, en un souffle neuf capable de rebattre les cartes du jeu politique.
Mais à côté de cet enthousiasme, une inquiétude grandit. Car au-delà des symboles, un changement hors du cadre constitutionnel n’est jamais sans conséquences. Sur le plan diplomatique, il risque de refroidir les partenaires internationaux. Sur le plan économique, il pourrait geler des aides et retarder les financements destinés au développement. Dans un pays déjà fragilisé, ces incertitudes pèsent lourd.
Une chose est sûre : la carte politique vient bel et bien d’être rebattue. Les acteurs les plus expérimentés l’ont bien compris, et nombreux sont ceux qui se pressent déjà pour « rallier le mouvement » parfois plus par instinct de survie que par conviction. Certains cherchent à se refaire une virginité politique, d’autres à préserver leurs intérêts. C’est le grand jeu malgache, celui des équilibres mouvants et des retournements de veste bien rodés.
Reste à savoir si, cette fois, le scénario sera différent. Le pays a déjà connu des transitions, des coups de théâtre et des promesses de renouveau. Toutes n’ont pas tenu leurs promesses. Alors, sautons dans l’inconnu, peut-être, mais espérons que ce saut ne se transforme pas en chute libre. Car, au bout du compte, ce que le peuple attend, ce n’est pas un changement de costume, mais un vrai changement de cap.
Et comme un clin d’œil du destin, cette journée historique tombe un 14 octobre. Une date hautement symbolique dans notre histoire car la République malgache est née ce jour-là. Soixante-sept ans plus tard, l’ironie est cruelle car nous célébrons encore cette République… tout en cherchant qui, cette fois, la dirigera vraiment. A méditer.
Rakoto




