Mercredi des idées en goguette: Révolution ou récupération ?

Dans les révolutions, disait Napoléon Bonaparte, il y a deux sortes de gens, donc ceux qui les font et ceux qui en profitent. Cette citation semble plus que jamais d’actualité ces derniers temps. Car si la question d’une « révolution » reste sujette à débat, les événements récents donnent déjà l’impression que certains savent tirer profit de cette période d’incertitudes mieux que d’autres.

Pendant que la foule acclame le changement de régime sur la place du « 13 mai », les ma­nœuvres politiques s’en­chaînent en coulisses. A peine la poussière des slogans retombée que déjà, à l’Assemblée nationale, les calculs politiques reprennent avec les alliances mouvantes, les manœuvres pour la recomposition du bureau permanent… bref, le jeu des chaises musicales a recommencé. Visiblement, la révolution a peut-être changé d’acteurs mais pas forcément de scénario.

Et pendant que certains affûtent leurs am­bitions, d’autres profitent de la confusion gé­nérale pour régler leurs affaires autrement. C’est ainsi que des détenus, présentés un peu vite comme des « prisonniers politiques », se sont retrouvés dehors. Étrange coïncidence, alors que le Chef de l’État n’avait, avant son départ, accordé la grâce qu’à quel­ques personnes bien identifiées. Pourtant, à en croire les images circulant sur les réseaux sociaux, les portes des prisons se seraient ou­vertes pour beaucoup plus de monde.

Transparency Inter­na­tional – Initiative Ma­dagascar n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué récent, l’organisation exprime ses inquiétudes face à ces libérations jugées irrégulières et rappelle que toute sortie de détenus doit obéir strictement aux lois et procédures en vigueur. Car à force de bricoler avec la légalité, c’est l’État de droit tout entier qu’on finit par ébranler.

L’exemple le plus frappant reste sans doute celui de cet élu de Soavinandriana, con­damné à dix ans de prison ferme pour trafic de tortues et blanchiment d’argent. L’homme, re­devable de 60 millions d’ariary d’amende et de deux milliards d’indemnisation à l’État, a mystérieusement retrouvé la liberté. Ni prisonnier politique ni victime de censure, mais bel et bien coupable de crimes environnementaux et financiers.

Alors, révolution ou récupération ? A regarder de près, on dirait plutôt que certains ont trouvé le moyen de transformer la colère populaire en opportunité personnelle. Tandis que le peuple réclame justice, d’autres obtiennent la leur sans passer par la case tribunal.

Malheureusement, com­me souvent dans notre histoire, les vraies révolutions ne se jouent pas seulement dans la rue, mais aussi dans les salons feutrés du pouvoir. Et c’est là que tout se décide. Certains au­ront peut-être crié, marché, espéré pendant que d’autres, plus discrets, auront simplement atten­du que la poussière re­tombe pour ramasser les fruits.

Rakoto

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