Alors que Madagascar s’engage dans une phase de refondation politique et institutionnelle, les économistes du Cercle de réflexion des économistes de Madagascar (Crem) alertent sur les fragilités persistantes de l’économie nationale.
Malgré une croissance de +4,4% en 2024, légèrement inférieure à la prévision de la Loi de Finances Rectificative (+4,5%), l’organisation souligne que la situation reste préoccupante sur plusieurs plans structurels, notamment l’énergie, la gouvernance et la soutenabilité du modèle économique.
Des moteurs de croissance identifiés
L’année 2024 a été marquée par la reprise de plusieurs secteurs clés. L’agriculture a progressé de +6,0%, portée par une meilleure campagne de production. Le secteur du textile a connu une envolée spectaculaire de +31,6%, grâce à la reprise des exportations vers les marchés étrangers.
Pour sa part, le tourisme, en hausse de +14,7%, a bénéficié du retour progressif des visiteurs internationaux, tandis que les postes et télécommunications (+13,4%) poursuivent leur expansion grâce à la digitalisation et aux investissements dans les infrastructures de communication.
Selon le Crem, ces performances montrent que Madagascar conserve un potentiel de croissance élevé, mais ce potentiel reste fragile sans réformes structurelles profondes. La défaillance énergétique demeure un frein majeur. Les délestages chroniques de la Jirama affectent la productivité des entreprises et pèsent lourdement sur la compétitivité. Le Crem y voit le symptôme d’une gouvernance publique inefficace, marquée par “l’opacité, le gaspillage et l’absence de vision stratégique”.
Inflation maîtrisée, mais pouvoir d’achat sous tension
Le taux d’inflation s’est établi à 7,6% en juillet 2024, selon la Banque mondiale. Pour y faire face, la Banque centrale de Madagascar a maintenu une politique monétaire restrictive, relevant son taux directeur pour contenir les pressions inflationnistes.
Parallèlement, l’État a renforcé les aides sociales en faveur des ménages vulnérables, notamment via la distribution de produits de première nécessité et de transferts monétaires directs.
Mais pour le Crem, ces mesures demeurent palliatives : la réponse durable passe par la stimulation de la production locale, la diversification des sources d’énergie et une meilleure gouvernance des finances publiques.
Une monnaie sous pression
L’année 2024 a également vu la dépréciation continue de l’Ariary, conséquence d’un déficit commercial accentué et d’une baisse des réserves de change. Le recul des cours du nickel et du cobalt, deux produits d’exportation majeurs, a amplifié cette tendance.
L’ouverture accrue des échanges avec l’étranger a aussi entraîné une hausse des importations, aggravant la balance commerciale. Toutefois, certaines périodes de l’année notamment août, septembre et décembre ont connu une appréciation saisonnière de la monnaie grâce à l’arrivée de devises liées aux exportations de produits de rente comme la vanille, le café vert et les letchis.
Le défi de la souveraineté économique
Le Crem rappelle que la clé du redressement réside dans la bonne gouvernance et la mobilisation des ressources internes. L’organisation plaide pour une réforme rigoureuse du secteur public et une valorisation accrue des capacités productives nationales.
Elle recommande également la création d’un marché boursier national pour les entreprises publiques et la promotion d’instruments financiers sûrs, tels que les Bons du Trésor Assimilables (BTA), afin de stimuler l’investissement et renforcer la transparence.
Perspectives et réformes pour 2025
Selon les projections, la croissance du PIB devrait atteindre +5,0% en 2025, avant de progresser jusqu’à +5,6% d’ici 2028. L’agriculture resterait un pilier (+9,5% attendus en 2025), même si les effets du changement climatique constituent un risque majeur. Le secteur secondaire devrait croître de +3,4%, tandis que le tertiaire, porté par le tourisme et les télécommunications, progresserait de +5,4%.
Pour soutenir cette trajectoire, le gouvernement prévoit plusieurs réformes économiques axées sur la relance de la production, l’investissement dans le capital physique et technologique, et la résolution du problème énergétique, identifié comme un préalable à tout redressement durable. La politique monétaire restera prudente, avec un objectif d’inflation ramené à 7,5% en 2025.
Un appel à la mobilisation nationale
Le Crem conclut en appelant à une mobilisation collective de toutes les forces vives publiques, privées, communautaires parmi tant d’autres pour refonder l’économie sur des bases solides et inclusives.
“Le moment est venu de refonder notre économie sur des bases qui nous ressemblent et nous rassemblent”, souligne l’organisation. Une vision qui, selon les économistes, ne pourra se concrétiser que par la transparence, la compétence et la redevabilité.
Recueillis par Tiana Ramanoelina




