Nirina Dinà Raherimalala, une étudiante en Master dans le parcours Gestion et Valorisation des Ressources Naturelles, Mention Environnement de l’Institut universitaire de l’innovation technologique de l’université de Vakinankaratra a réalisé une étude phytochimique de l’huile essentielle de l’Acanthospermum australe (Astéracée), connue sous le nom vernaculaire de « Kidoronalika ». Selon elle, cette plante peut procurer des bienfaits pour la santé. Interview
* Les Nouvelles : Madagascar regorge de plantes possédant mille et une vertus, pourquoi avoir choisi le « Kidoronalika comme objet d’études ?
– Nirina Dinà Raherimalala : Le « Kidoronalika » traduit littéralement par « matelas de chien » en malgache, est une plante aromatique rudérale qui pose de nombreux problèmes aux agriculteurs. Cette plante indigène pilule dans leur champ. Depuis toujours, ils ont beau essayer de l’éradiquer mais en vain, alors que sans le savoir, le « Kidoronalika » peut avoir des effets bénéfiques pour leur santé et leurs activités. De plus, le nom vernaculaire me rappelle que le chien est qualifié d’animal opportuniste en raison de son comportement adaptatif qui lui permet de tirer le meilleur parti de ce qui est disponible. De ce fait, cette plante présente pour moi un potentiel non seulement pour ces animaux, mais aussi pour l’homme.
* Partant de ce constat, techniquement comment avez-vous procédé ?
– D’abord, nous avons procédé à l’extraction de l’huile essentielle de la plante, en
utilisant deux techniques différentes, par entraînement à la vapeur (EV) et par hydrodistillation (HD). Après, l’analyse chromatographique en phase gazeuse (CPG) nous a permis d’identifier les constituants chimiques des huiles essentielles extraites et d’étudier leurs composés majoritaires.
* Quels ont été les résultats obtenus ?
– Après les études réalisées sur les parties aériennes de l’Acanthospermum australe, plusieurs paramètres sont à prendre en compte, liés à la méthode d’extraction et à la composition des huiles essentielles. A titre d’exemple, les propriétés biologiques des composants majoritaires, notamment leurs activités antimicrobiennes (bactériennes et antifongiques), anti-inflammatoires et insecticides, possèdent des bienfaits pour la santé des agriculteurs et de leurs activités.
*En quelques chiffres…
-Les résultats montrent que la technique d’extraction de l’huile essentielle, par entraînement à la vapeur, permet d’obtenir un meilleur rendement, atteignant 0,041 % contre 0,022 % pour l’hydrodistillation. Les huiles obtenues sont de couleur jaune clair et les résultats de l’analyse chromatographique (CPG) ont permis d’identifier que les sesquiterpènes hydrocarbonés forment une classe de molécule de la famille des terpènes comme composés majoritaires, avec 57,27 % pour l’huile essentielle extraite par entrainement à la vapeur (HEEV) et 80,94 % pour l’huile essentielle extraite par hydrodistillation (HEHD).
Les monoterpènes, en proportion plus faible, sont aussi présents, notamment le 1,8-cinéole (jusqu’à 12,02 % dans l’HEEV). Les composés majoritaires sont le germacrène-D, le (E)-ß-caryophyllène et le bicyclogermacrène, avec des variations quantitatives entre les deux lots. Et ces résultats montrent que la composition chimique des huiles essentielles peut varier en fonction de la méthode d’extraction.
* Quelles sont vos recommandations et perspectives suite à cette étude ?
– La biodiversité nous offre de nombreuses opportunités. Il arrive parfois que la nature nous envoie des signes et des messages, à travers nos animaux de compagnie. Cette plante que les chiens utilisent depuis toujours comme matelas, leur a servi d’outil pour prévenir des maladies infectieuses et se débarrasser des infections bactériennes, parasitaires et fongiques. Valoriser cette plante en extrayant son huile essentielle pourrait lui donner une nouvelle image et offrir de nouvelles opportunités à la filière de l’aromathérapie, de l’agronomie et de la parfumerie. Les déchets de l’hydrodistillation pourraient être utilisés comme engrais biologique.
Recueillis par Sera R.




