A Madagascar, les zones humides côtières restent très peu étudiées malgré leur forte vulnérabilité face aux changements climatiques, à l’exploitation du sel ainsi qu’à l’expansion des activités humaines. Un contexte qui a amené Stelardo Tovonirina, un jeune étudiant de 21 ans qui suis le parcours Gestion durable de la biodiversité et de l’environnement à l’Institut halieutique et des sciences marines (IHSM) de l’université de Toliara, à mener une étude intitulée « Influence des paramètres physico-chimiques du sol et de l’eau sur la répartition et la distribution de la végétation halophyte dans les marais salants ». Interview.
* Les Nouvelles : Pourquoi avez-vous choisi ce thème parmi tant d’autres ?
– Stelardo Tovonirina : J’ai choisi cette étude en raison de l’importance écologique, économique et scientifique majeure de l’écosystème côtier. Il joue un rôle essentiel dans le maintien de la biodiversité, la protection du littoral contre l’érosion, la séquestration du carbone, ainsi que dans la régulation des flux hydriques et salins. A Madagascar, ces milieux restent très peu étudiés malgré leur forte vulnérabilité face aux changements climatiques, à l’exploitation du sel et à l’expansion des activités humaines. Etudier les relations entre les paramètres physico-chimiques et la distribution des végétations halophytes permet de mieux comprendre les mécanismes écologiques qui régissent la dynamique de ces habitats.
Ce travail vise donc à fournir des bases scientifiques nécessaires à la gestion durable et à la restauration des marais salants d’Ambondrolava, tout en contribuant à la valorisation et à la conservation des zones humides côtières de Madagascar. L’objectif principal est de comprendre comment ces facteurs environnementaux structurent la répartition des espèces végétales et leur capacité à coloniser les zones salées.
* Comment avez-vous procédé pour réaliser votre étude ?
– L’étude a été menée au niveau des marais salants d’Ambondrolava pendant 3 mois, de juillet à septembre 2025. Trois stations d’échantillonnage ont été définies, chacune subdivisée en quatre parcelles et dans chaque parcelle, il y a un point de prélèvement. Les quatre points de prélèvements ont été ensuite espace de 100 mètres.
Les paramètres physico-chimiques (salinité, température, pH et granulométrie du sol) ont été mesurés in situ (directement sur le site d’étude) à l’aide d’un multiparamètre de marque Hanna HI 9829 et par tamisage au laboratoire.
La végétation a été identifiée selon la méthode de Masson et des analyses statistiques ont été réalisées à l’aide du logiciel R afin d’évaluer l’influence de ces paramètres sur la surface de la végétation, la distribution et la dominance des espèces.
* Qui sont ainsi les cibles de cette étude ?
– En premier lieu, les communautés locales d’Ambondrolava, en particulier les exploitants de sel, les pêcheurs et les associations villageoises, qui dépendent directement du bon fonctionnement écologique des marais salants pour leurs activités. Il y a également les gestionnaires et responsables environnementaux à l’exemple des communes, services régionaux et acteurs de l’aménagement du territoire. Cela sans oublier les ONG et projets travaillant sur la conservation du littoral, la biodiversité, la restauration écologique et le carbone bleu. Les institutions scientifiques et universitaires, qui bénéficient de nouvelles données pour renforcer la recherche sur les écosystèmes côtiers de Madagascar, ne sont pas également en reste.
* Et les avantages dont ils bénéficient ?
– Cette étude présente plusieurs impacts positifs pour la communauté locale et scientifique. Sur le plan environnemental, elle contribue à une meilleure compréhension du fonctionnement écologique des marais salants, permettant de proposer des actions concrètes de gestion et si nécessaire des actions de restauration adaptées aux conditions locales.
Sur le plan socio-économique, cette recherche offre des informations utiles pour une exploitation des activités locales (écotourisme, valorisation des plantes halophytes, programmes éducatifs). Et sur le plan scientifique et éducatif, elle renforce les capacités locales en recherche environnementale, notamment dans le domaine des zones humides, et encourage les étudiants et chercheurs malgaches à poursuivre des études sur les écosystèmes côtiers.
Les résultats peuvent également servir de base de référence pour les décideurs, les ONG et les institutions impliquées dans la planification environnementale, afin de mieux concilier développement local et conservation.
* Quelles sont vos perspectives concernant cette étude ?
– Cette étude constitue une première approche pour comprendre les interactions entre les paramètres physico-chimiques et la végétation halophyte dans les marais salants d’Ambondrolava. Dans une perspective future, il serait pertinent d’étendre la recherche à une échelle temporelle et spatiale plus large, afin de suivre les variations saisonnières de la salinité, du pH et de la température, ainsi que leur effet sur la dynamique des peuplements végétaux.
La mise en place d’un programme de suivi écologique à long terme, en collaboration avec des institutions locales, des ONG environnementales et des partenaires scientifiques internationaux, serait essentielle pour orienter les actions de restauration et de gestion de ces écosystèmes.
Propos recueillis par Sera R.




