Ce n’est pas une révélation, mais il fallait bien qu’elle vienne d’une voix autorisée pour que tout le monde l’entende clairement. Dimanche dernier, dans son homélie, le Cardinal Désiré Tsarahazana a mis des mots sur une réalité que beaucoup murmurent depuis longtemps. C’est que chez nous, la foi est souvent une affaire d’apparence, de gestes répétés et de… visibilité mais rarement de transformation intérieure.
« Lorsque nous prions, nous faisons du cinéma », a-t-il lancé. Une phrase simple, mais qui résonne comme un coup de cloche dans un pays où l’on confond volontier religiosité et mise en scène.
Selon lui, presque tout le monde se dit chrétien, à l’instar des responsables politiques, des personnalités publiques, des élites économiques… D’ailleurs, les chiffres parlent d’eux-mêmes car 95 à 98 % des services et institutions sont dirigés par des personnes qui se déclarent chrétiennes. À les écouter, il n’y a presque que des saints sous nos latitudes. Mais alors, pourquoi le pays s’enfonce-t-il toujours dans la pauvreté ? Pourquoi la corruption prospère-t-elle comme une mauvaise herbe arrosée chaque matin ?
Le Cardinal, lui, n’a pas tourné autour du pot en disant que ce sont souvent ceux qui se revendiquent les plus chrétiens qui s’adonnent avec le plus de zèle à la corruption et au vol. Là encore, rien de nouveau. Mais lorsque cela sort de la bouche d’un haut responsable de l’Église, cela fait réfléchir… ou cela devrait, c’est selon.
Car la Constitution a beau rappeler le principe de laïcité, l’Église demeure au cœur de la vie sociopolitique du pays et pas seulement maintenant. La frontière entre l’autel et le pouvoir reste si mince qu’on la confond parfois avec un simple ruban décoratif. On se dit chrétien, on se revendique chrétien, on affiche même une appartenance religieuse comme on afficherait une carte de membre d’un club très sélect.
Et pourtant, le pays s’appauvrit. Et pourtant, la corruption gagne du terrain. Et pourtant, la bonne gouvernance reste coincée dans les déclarations officielles soigneusement rangées dans un tiroir qu’on n’ouvre que pour les grandes occasions. Pourquoi ? Peut-être parce que, pour certains,
l’Église n’est qu’un costume commode. Une casquette qui permet de se faire accepter, classer et adouber. Une identité pratique mais rarement une boussole morale.
Au final, la question posée par le Cardinal pourrait servir de miroir à chacun : à quoi sert de se proclamer chrétien, si la foi ne change rien à la manière de gouverner, de décider, de servir ? Peut-être qu’un jour, la foi quittera enfin les vitrines et les slogans pour descendre dans la pratique quotidienne. En attendant, le cinéma continue. Il suffit de voir les photos à chaque événement organisé par les églises. Et le public, lui, commence à connaître le scénario par cœur.
Rakoto




