Mercredi des idées en goguette: diversité

Il y a des déclarations qui font du bruit, puis il y a celles qui passent presque en silence avant de révéler toute leur importance. Celle du président, prononcée lors d’une visite de la Jirama à Analamahitsy, appartient clairement à la seconde catégorie. Sans tambour ni trompette, il a lancé un appel à
l’unité nationale et demandé la fin des polémiques autour des origines. Il a soutenu que Dieu nous a réunis sur cette île et que tous ceux qui vivent sur cette île sont Malga­ches. Une phrase simple, presque évidente, mais qui vise un mal enraciné et trop souvent ignoré.
Ces derniers temps, les réseaux sociaux, notamment Facebook, sont devenus des terrains glissants où les débats sur les origines ethniques s’enflamment à la moindre étincelle. Parfois pour un rien. Il suffit que l’administration nomme ou démette une personnalité pour que surgisse aussitôt une association d’origine telle ou telle région. Les campus universitaires, censés être des lieux de savoir et d’ouverture, ne sont pas épargnés. Pas une année sans qu’une altercation éclate entre groupes venus des ré­gions différentes.
Résultat, une bonne partie de nos débats nationaux finit résumée à un concours d’étiquettes comme untel serait d’ici, l’autre de là-bas. Et pendant que les citoyens s’épuisent à défendre ou à attaquer une appartenance, les vrais enjeux restent sur le banc de touche.
Le plus inquiétant dans tout cela c’est que les acteurs politiques eux-mêmes entretiennent ce petit jeu. Depuis des décennies, la carte tribale est sortie à cha­que moment clé. Dès que les choses se compliquent, on ressort la vieille rengaine des origines, chacun accusant l’autre de vouloir favoriser les siens. Et le pays tourne en rond.
Et donc, si l’on parle aujourd’hui de refondation un mot devenu à la mode mais dont on attend toujours la substance, alors il serait peut-être temps de s’attaquer sérieusement à
ce poison silencieux. Comment faire ? Déjà, en brisant le tabou. En en parlant franchement, sans détour. En reconnaissant que le problème existe, qu’il a été exploité, instrumentalisé, parfois même entretenu volontairement. En proposant un vrai débat, pas une polémique. En valorisant ce qui nous rassemble plus que ce qui nous sépare. Bref, en traitant ce sujet comme un enjeu national.
Parce que oui, nous vivons tous sur la même île. Oui, nous partageons la même nationalité. Eh oui, il est grand temps que la notion d’origine cesse d’être une arme pour redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un élément de diversité mais pas un motif de division.

Rakoto

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