« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». La célèbre maxime d’Antoine Lavoisier n’a jamais autant résonné qu’en ces temps de recomposition politique. A regarder de près la nouvelle configuration du pouvoir, on a comme une impression de déjà-vu. Les visages ne changent pas vraiment, les fonctions et les habitudes aussi semblent étonnamment résistantes au temps.
Le retour en force de certains anciens aux manettes laisse planer un doute légitime. Le changement tant réclamé ne serait-il qu’un slogan de circonstance ? Car au lieu d’une nouvelle génération ou de nouvelle pratique, c’est plutôt une résurgence de figures qui, hier encore, avaient maille à partir avec l’ancien régime. A croire que le passage par la disgrâce politique, voire judiciaire, est devenu un sésame pour revenir à des postes à haute responsabilité.
Hier poursuivis, aujourd’hui promus. Hier suspects, aujourd’hui fréquentables. Les décisions de justice d’hier semblent soudainement frappées d’amnésie collective. Place au nouveau régime où tout devient « propre ». Comme le disait avec ironie un internaute, dans ce pays, pour se refaire une virginité politique, il suffit de passer par le purgatoire. La prison, ou du moins la mise à l’écart, fait office d’étape de purification. La béatification, elle, arrive sans effort particulier.
Cette réalité, aussi crue soit-elle, vient confirmer un sentiment largement partagé, notamment chez les jeunes, celui d’un éternel recommencement. Car au-delà des nominations qui font grincer des dents, ce sont des pratiques bien connues qui refont surface. Le favoritisme et le népotisme, longtemps dénoncés, semblent avoir survécu à toutes les transitions. Les discours changent, les promesses se renouvellent, mais les réseaux restent, solides et visiblement bien ancrés.
Pour une jeunesse qui s’est mobilisée et qui a cru à une refondation réelle, le désenchantement est palpable. Beaucoup espéraient une rupture franche avec les méthodes du passé, une mise en avant de la compétence, de l’intégrité et du mérite. A la place, ils assistent à un jeu de chaises musicales où les mêmes noms circulent, simplement déplacés d’un bureau à un autre. Eh oui, c’est la réalité de la vie politique à la malgache.
Bien sûr, gouverner est un exercice complexe, et l’expérience peut être un atout. Mais lorsque celle-ci devient un abri derrière lequel se cachent les vieilles pratiques, le malaise s’installe.
Donc, si tout se transforme vraiment, comme le disait Lavoisier, encore faudrait-il que la transformation aille dans le bon sens. Faute de quoi, le changement tant promis risque de se limiter à une simple opération de recyclage politique.
Rakoto




