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Cible de révélations dont la véracité reste à établir, la ministre de la Justice a choisi en fin de semaine de faire directement son bilan via un live sur Facebook. Pourtant, compte tenu de sa position au sein du gouvernement, un passage au journal télévisé de la chaîne nationale lui aurait été aisément accessible. Ce choix traduit une préférence assumée pour la réactivité, l’absence de filtre et la liberté de ton qu’offrent les plateformes numériques, au détriment des canaux médiatiques traditionnels.
Pratiquement, les réseaux sociaux occupent une place centrale dans l’espace public malgache. Les ignorer ou en minimiser l’influence serait une erreur stratégique, comme l’a appris à ses dépens le précédent régime. Conscients de cette réalité, les gouvernants actuels n’ont d’autres options que d’investir davantage un terrain déjà occupé par les oppositions et les voix critiques.
Cette situation est le symptôme d’un système politique excessivement centralisé, dans lequel le pouvoir se concentre à un point tel que la mobilisation de quelques milliers de citoyens connectés suffit à ébranler tout un régime. Dans un tel contexte, les réseaux sociaux deviennent des caisses de résonance surdimensionnées, capables de produire des effets majeurs sans médiation.
A l’inverse, de réels transferts de pouvoirs, de responsabilités et de ressources vers des entités locales autonomes réduiraient considérablement l’influence disproportionnée des minorités actives en ligne. Une décentralisation effective permettrait de déconcentrer les tensions, de rapprocher la décision publique des citoyens et de rééquilibrer les rapports de force au profit des communautés de base. Elle changerait en profondeur le paradigme des pratiques politiques, en redonnant aux institutions locales un rôle aujourd’hui largement éclipsé.
Tant que la gouvernance restera hypercentralisée, les réseaux sociaux continueront à jouer un rôle quasi institutionnel, comblant les vides laissés par l’absence de contre-pouvoirs territorialisés. Il est donc temps de refonder tout le fonctionnement de l’Etat.

Tivo Rasam

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