Dans le paysage footballistique africain, où les clubs naviguent souvent entre gloire et chaos géopolitique, l’épopée d’Al-Merreikh SC cette saison en Rwanda Premier League ressemble à un scénario hollywoodien. Délocalisé loin de son Soudan ravagé par la guerre civile, le mastodonte d’Omdurman a posé ses valises au pays des Mille Collines pour garder le moteur en marche. Et dans cette aventure inattendue, un joueur cristallise tous les regards : Fenohasina Gilles Razafimaro, l’international malgache de 26 ans qui s’est transformé en véritable talisman des Rouges.
Doté d’un sens du but aiguisé et d’une vista qui fait des merveilles dans les trente derniers mètres, Feno Hasina a débarqué avec l’étiquette d’un attaquant capable de faire basculer un match à lui tout seul. Et il n’a pas traîné pour justifier les attentes : quatre réalisations en un mois, toutes plus clutch les unes que les autres, dans une équipe qui marque peu mais qui gagne beaucoup. Al-Merreikh caracole à la troisième place après douze journées, avec neuf victoires, un nul et seulement deux revers, une solidité défensive retrouvée et une attaque qui repose largement sur l’inspiration de son renard malgache.
La série est impressionnante. Le 7 décembre contre l’AS Kigali, il ouvre le score à la 39e d’une frappe limpide pour une victoire 2-1 arrachée dans un atmosphère électrique. Le 21 décembre face à Gicumbi, il plante l’unique but à la 50e, un pion en or qui sécurise trois points précieux. Trois jours plus tard, le 24 décembre contre Musanze, il surgit à la 68e pour signer le but de la gagne dans un 3-2 haletant, un vrai braquage en fin de match. Enfin, le 5 janvier contre Gasogi United, il cloue le bec à la défense adverse juste avant la pause d’une talonnade subtile qui offre un 1-0 propre et sans bavure.
Ces quatre buts ont rapporté dix points directs à Al-Merreikh, dans des rencontres où les Soudanais, encore en phase d’adaptation sur ces pelouses rwandaises piégeuses, ont souvent dû s’employer pour ne pas lâcher prise. Mais au-delà des statistiques brutes, Feno Hasina a été couronné homme du match à trois reprises cette saison, contre AS Kigali, lors d’une performance intermédiaire et surtout contre Gasogi United pour son chef-d’œuvre récent, des distinctions qui tombent sous le sens tant il dicte le tempo quand l’équipe est dans le dur. Sa forme éclatante n’est pas un hasard isolé : elle tire toute l’équipe vers le haut, redonne confiance à un collectif exilé, fluidifie les transitions et force les défenses adverses à reculer. Sans son instinct killer et sa capacité à sortir du bois au bon moment, Al-Merreikh aurait probablement laissé des plumes sur plusieurs terrains hostiles.
Naisa




